Le marché allemand de la distribution de composants électroniques a chuté de 14,6%, à 2,85 milliards d’euros, très loin de son record de 3,6 milliards d’euros en 2018, selon le FBDi. Au quatrième trimestre, la conjoncture a été un peu plus favorable avec des facturations en baisse de 8,1% en variation annuelle, à 632 millions d’euros.

Mais on retiendra surtout pour la suite l’envolée spectaculaire des prises de commandes : +23%, à 769 millions d’euros. Le rapport commandes sur facturations (book-to-bill) a ainsi atteint le niveau très élevé de 1,22. Ce qui traduit le coup de chauffe et la pénurie qui s’installe actuellement.

Côté bilan pour l’ensemble de 2020, c’est le marché allemand de la distribution des composants passifs qui a le plus souffert avec des ventes en chute de 21%, souligne l’organisation professionnelle d’outre-Rhin. Au 4e trimestre, leur recul a été limité à -3,4% pour des ventes de 77,5 M€. Les ventes de composants électromécaniques ont pour leur part reculé de 9,5% au 4e trimestre (à 87 M€), mais se sont mieux comportées sur l’ensemble de l’année (-5,3% par rapport à 2019). Les ventes de semiconducteurs du 4e trimestre ont fortement déroché en variation annuelle : -15,6%, à 414 M€. Concernant les petites catégories de produits, le FBDi souligne le recul des ventes trimestrielles de capteurs (-8,9%) et d’alimentations (-8,2%), alors que les ventes d’afficheurs ont progressé.

Globalement, les semiconducteurs ont représenté 68% du marché allemand de la distribution de composants, contre 13% pour les composants électromécaniques er 11,7% pour les composants passifs.

Pas d’illusions sur les promesses d’une politique européenne en semiconducteurs

Pour l’avenir, le FBDi constate que l’on ne semble toujours pas tirer les leçons du passé.  « Le fait que nous sombrions actuellement dans une crise d’approvisionnement pour les composants, avec dans certains cas des pénuries sévères et des augmentations de prix tout aussi importantes de la part de nombreux fabricants, est dû à deux facteurs. Premièrement, au comportement de nombreux acteurs qui réduisent leurs stocks au moindre signe de crise, pour entrer immédiatement en panique dans le cas contraire. Et deuxièmement, au fait que l’Europe est une région sous-stratégique dont les besoins totaux en composants sont équivalents à ceux du premier sous-traitant asiatique », souligne Georg Steinberger, président du FBDi.

Et d’ajouter : « Le fait qu’en cas de pénurie, les grands géants des smartphones soient approvisionnés d’une manière différente de celle de la multitude de clients OEM européens et également différemment de l’industrie automobile ne devrait ne surprendra pas celui qui a lu les statistiques de marché du FBDI au cours des 15 dernières années ».

L’organisation professionnelle allemande ne croit pas davantage à un sursaut de la politique européenne, malgré la promesse d’investir des milliards dans la souveraineté européenne : « Le FBDI a une vision sceptique de la récente offensive du gouvernement allemand visant à garantir une plus grande indépendance vis-à-vis des sous-traitants asiatiques dans l’industrie des semiconducteurs. Nous connaissons de nombreux programmes du passé qui n’ont pas changé la situation actuelle. L’industrie des semiconducteurs prospère grâce aux conceptions de puces innovantes et à la propriété intellectuelle, au savoir-faire et aux milliards investis dans des technologies de fabrication révolutionnaires, et enfin aux volumes qui ne proviennent généralement que de grandes plateformes (smartphones, tablettes, ordinateurs portables, etc.) et donc de clients clés mondiaux. 50 milliards d’euros de financement, cela semble bien, mais où ira l’argent ? ».