L’industrie mondiale des semi-conducteurs fébrile face à la pénurie d’hélium
Forbes a évoqué cette semaine l’impact de la pénurie d’hélium sur les acteurs mondiaux des semiconducteurs. Selon le quotidien économique américain, cette pénurie liée à la guerre au Moyen-Orient menace déjà la production de puces, notamment en Asie, dans un contexte de forte demande liée à l’IA.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février dernier et le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, la chaîne d’approvisionnement mondiale des semi-conducteurs est confrontée à une nouvelle perturbation liée à la pénurie d’hélium, un gaz produit en grande partie par le Qatar. Indispensable à la fabrication des semi-conducteurs, l’hélium est en effet utilisé pour le refroidissement des wafers, la stabilisation des environnements de production, la détection de fuites ou encore comme gaz vecteur dans des procédés critiques tels que la lithographie EUV et le dépôt chimique.
Et même si un accord de cessez-le-feu de 15 jours, conditionné à la garantie d’un passage sûr à travers le détroit d’Ormuz, a été convenu entre les Etats-Unis et l’Iran, l’approvisionnement en hélium n’est pas encore rétabli. L’arrêt partiel de la production dans la cité industrielle de Ras Laffan, au Qatar, qui assure environ un tiers de l’approvisionnement mondial, a entraîné une chute estimée entre 27 et 30% de l’offre, accompagnée d’une hausse des prix de 40 à 100% en quelques semaines, selon les estimations de Bank of America, citées par Forbes.

© Qatar Energy
Le magazine économique américain a d’ailleurs fait le point sur la situation cette semaine. Si TSMC indique suivre la situation de près, sans pour autant faire état d’impact immédiat sur sa production de puces, les tensions sont déjà perceptibles, notamment en Asie. Forbes fait notamment part de témoignages d’acteurs de l’industrie des semi-conducteurs présents à Semicon China, qui cherchent activement des sources alternatives d’approvisionnement en hélium.
La situation est particulièrement critique en Corée du Sud, qui dépend fortement du Qatar pour ses importations (64,7% en 2025 selon Fitch Ratings, toujours cité par Forbes). Les géants coréens Samsung Electronics et SK hynix, qui dominent le marché mondial des mémoires Dram et HBM, sont particulièrement exposés. Il faut dire que la fabrication de ces mémoires, essentielle aux applications d’IA, consomme d’importants volumes d’hélium en raison de procédés complexes et répétitifs, notamment à cause des architectures d’empilement 3D.
Pour limiter l’impact, ces industriels diversifient leurs approvisionnements et investissent dans le recyclage. Forbes cite notamment le cas de Samsung qui a déployé un système de réutilisation de l’hélium (HeRS), une première dans l’industrie des semi-conducteurs, selon le Coréen. Toutefois, une pénurie prolongée d’hélium pourrait entraîner des arbitrages de production en faveur des composants les plus rentables, comme les mémoires HBM dédiées à l’IA, au détriment d’autres types de mémoires, en particulier celles pour applications grand public, accentuant davantage la situation de pénurie actuelle et la flambée des prix pour ces dernières.
« La mémoire HBM est un élément essentiel au bon fonctionnement des accélérateurs d’IA modernes. Si l’offre se raréfie au niveau de ces mémoires, les répercussions se font sentir presque immédiatement sur la construction des serveurs et le déploiement des centres de données », avance Kevin Hein, analyste senior chez Tirias Research, à Forbes.
Forbes note, en revanche, que le Taïwanais TSMC apparaît mieux préparé grâce à une diversification de ses sources d’approvisionnement en hélium, des taux de recyclage élevés (jusqu’à 90%) et des stocks existants. Toutefois, ses procédés avancés, notamment les lignes CoWoS (Chip-on-Wafer-on-Substrate) utilisées pour l’intégration des GPU, restent très sensibles à l’approvisionnement en hélium.
Aux États-Unis, la situation est plus favorable grâce à une production domestique importante (le pays est le premier producteur d’hélium avec une part de marché de 47%), notamment au Texas, au Wyoming ou encore via des acteurs comme ExxonMobil, comme le précise Forbes, qui note que des groupes tels que Air Products, Linde et Air Liquide bénéficient même d’une demande accrue. Toutefois, les entreprises de semi-conducteurs américaines qui dépendent des chaînes d’approvisionnement asiatiques, comme Nvidia ou AMD, restent exposées indirectement à cette pénurie d’hélium.
Forbes note également que, malgré l’augmentation des capacités d’hélium en Amérique du Nord, notamment avec de nouveaux projets comme celui de Rudyard dans le Montana, ces sources ne peuvent compenser rapidement la perte d’approvisionnement qatari, en particulier pour les besoins asiatiques. « L’hélium est un gaz de procédé essentiel dans la fabrication des semi-conducteurs et même de brèves interruptions d’approvisionnement peuvent ralentir, voire interrompre, la production, en particulier pour les technologies de pointe qui ne disposent pas d’alternatives viables », s’inquiète Kevin Hein auprès du magazine économique.
Cette crise de l’hélium, la cinquième pénurie majeure concernant ce gaz depuis 2006 selon Forbes, met en évidence la fragilité structurelle des chaînes d’approvisionnement mondiales. Si les perturbations persistent, elles pourraient entraîner une hausse durable des coûts, des ajustements de production et une accélération des investissements dans des sources alternatives, redéfinissant ainsi l’équilibre du secteur des semi-conducteurs. A suivre…


