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« Salaires dans l’électronique : le Covid a rebattu les cartes »

« Salaires dans l’électronique : le Covid a rebattu les cartes »
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La semaine dernière, nous avons publié une vaste étude du cabinet de recrutement Khonexio réalisée auprès d’environ 20000 personnes et portant sur les salaires des métiers de l’électronique en France en 2021. En exclusivité pour ViPress.net, nous revenons aujourd’hui avec son auteur, David Hourdebaigt, sur les enseignements de cette étude, et notamment le fait que le Covid a contribué à l’augmentation des salaires l’an dernier.

David Hourdebaigt, vous êtes le fondateur de Khonexio, un cabinet de recrutement, de conseil et d’expertise, spécialisé en R&D, électronique, microélectronique et systèmes embarqués, qui accompagne les entreprises, de la start-up à la multinationale, partout en France. Quel est le principal enseignement de votre étude, au-delà des données très précises que vous avez pu recueillir sur les salaires par type de métiers, années d’expérience, etc. ?

David Hourdebaigt La principale tendance constatée est géographique et s’avère directement liée aux conséquences de la crise du Covid. On observe notamment que les entreprises franciliennes ont de plus en plus de mal à recruter des profils avec expertise technique en électronique car nombre de Franciliens se sont délocalisés en province du fait de la crise sanitaire. Si bien que l’on assiste globalement à une homogénéisation des effectifs sur tout le territoire, à un étalement des compétences au niveau géographique. Et parallèlement, on observe que les salaires sont tirés vers le haut en région, du fait, justement, de l’arrivée d’une population francilienne dans les agglomérations bordelaises, grenobloises, niçoises, etc. Du coup, les écarts de salaires se resserrent entre région parisienne et province compte tenu de « l’exode » des Franciliens en région, même si l’avantage en termes de salaires reste encore en faveur de l’Ile de France. D’ailleurs, les salaires y augmentent également du fait des difficultés actuelles des entreprises franciliennes à trouver des candidats, mais cela s’opère à un rythme moins rapide qu’en province. Il faut quand même préciser qu’un Parisien qui s’exile en province perçoit la plupart du temps un salaire inférieur à celui qu’il avait auparavant mais ce qui prime pour lui, c’est en premier lieu l’environnement et le cadre de vie.

Ce qu’il faut retenir, c’est que les salaires en électronique sont globalement orientés à la hausse, quel que soit le métier et quelle que soit la zone géographique. Cela est particulièrement vrai depuis l’été 2021 et la reprise économique, avec une hausse de 4,6 % du salaire à l’embauche constatée du fait de la guerre des talents avec la quête de profils difficiles à trouver.

Les grands groupes et les grands équipementiers de l’électronique ont-ils toujours le vent en poupe ?

David Hourdebaigt – On constate, et c’est là un autre enseignement de notre étude, que les grands groupes attirent moins les ingénieurs et les chefs de projet en électronique qu’auparavant. Les grands équipementiers ont vraiment des difficultés à recruter actuellement et restent parfois avec des postes ouverts pendant des mois. Aujourd’hui, nombre d’ingénieurs préfèrent travailler dans des contextes de PME ou d’entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui sont perçues comme des sociétés innovantes mais aussi et surtout comme des entreprises à taille humaine qui privilégient l’environnement de travail, la polyvalence des tâches à effectuer, etc. De façon générale, l’environnement devient l’un des principaux critères de choix d’une entreprise ou plus généralement d’un lieu de travail. Et je crois que c’est là encore une conséquence du Covid. Avec la crise sanitaire, les gens ont besoin de donner du sens à leur vie professionnelle mais aussi personnelle pour trouver le juste équilibre.

Quels secteurs applicatifs de l’électronique sont les plus intéressants en termes de salaires en France ?

David Hourdebaigt A l’inverse des salaires qui tendent à s’homogénéiser d’une région à l’autre, on constate aujourd’hui qu’il y a une disparité de salaires de plus en plus affirmée entre différents secteurs applicatifs de l’électronique. Par exemple, un ingénieur de conception de cartes électroniques chez un équipementier automobile sera payé en moyenne 16% de moins qu’un ingénieur travaillant dans la défense, avec la même fonction et la même expérience. Dans l’automobile, il y a eu énormément de plans sociaux. C’est un secteur qui souffre actuellement de la pénurie de composants électroniques – encore une conséquence du Covid – mais aussi d’une externalisation de la R&D en Europe de l’Est et en Asie. Bref, les sociétés du secteur ont beaucoup de mal à attirer car l’automobile fait de moins en moins rêver, à l’inverse de secteurs tels que l’aérospatiale, la microélectronique, l’énergie ou même la défense. On observe également un intérêt croissant pour les applications médicales. Et là encore, le Covid n’y est sans doute pas pour rien.

Quels sont les métiers les plus recherchés actuellement dans le domaine de l’électronique et quels sont les secteurs applicatifs les plus porteurs en France en termes de recrutement ?

David Hourdebaigt En ce moment, les profils liés aux métiers de la sûreté de fonctionnement sont les plus difficiles à trouver, notamment les spécialistes de l’ISO 26262 dans l’automobile. Les salaires dans ce domaine augmentent fortement car il y a peu d’écoles qui forment à ce type de compétences. Le deuxième métier en pénurie concerne l’expertise en radiofréquences et hyperfréquences. Il s’agit d’un secteur stratégique, notamment pour le domaine de l’aéronautique et de la défense. Mais les spécialistes « RF et hyper » ont plutôt des profils de type docteurs, scientifiques, qui travaillent surtout dans des laboratoires universitaires ou au CEA, et qui n’ont pas forcément d’expérience industrielle. D’où le manque actuel dans l’industrie.

On observe aussi un besoin de profils liés à l’électrification des véhicules, en particulier dans le domaine de l’électronique de puissance, tendance que l’on constate également, dans une moindre mesure, dans l’avionique où de plus en plus de commandes d’avions sont réalisées de manière électrique au détriment des commandes mécaniques, pneumatiques ou hydrauliques. Enfin, les spécialistes des semiconducteurs à grand gap, type nitrure de gallium (GaN) ou carbure de silicium (SiC), sont également très recherchés.

En termes de secteurs applicatifs pourvoyeurs d’emplois, on peut citer le secteur de l’électronique grand public et de l’IoT, avec des entreprises davantage typées start-up ou PME que grands groupes, la microélectronique, notamment dans les bastions historiques que sont Grenoble ou Sophia-Antipolis, et le médical.

En électronique, on oppose souvent, à tort, les spécialistes hardware et software, alors que les deux sont indispensables au développement de systèmes électroniques performants et agiles. Qu’en est-il au niveau des salaires pour ces deux populations d’ingénieurs ?

David Hourdebaigt On observe clairement que le fossé se creuse en termes de salaires entre les spécialistes hardware et software de l’électronique, à la faveur des seconds. Pourtant, il est beaucoup plus difficile de trouver des profils hardware actuellement. Aujourd’hui, c’est vraiment la croix et la bannière pour trouver un bon analogicien ou un bon designer de convertisseur de puissance, par exemple. Ceci est lié à la formation des ingénieurs aujourd’hui, avec beaucoup plus d’écoles tournées vers le logiciel embarqué que vers le matériel. Pourtant, comme vous l’avez précisé, l’un ne va pas sans l’autre. Donc, il y a fort à parier qu’à un moment ou à un autre, ce déséquilibre constaté au niveau de la formation finira par inverser la courbe d’évolution des salaires au profit des spécialistes matériels, qui deviennent de plus en plus rares. Mais ce n’est pas ce que l’on observe actuellement.

Comment expliquer ce déficit en ingénieur hardware ?

David Hourdebaigt Malheureusement, les écoles d’ingénieurs ne forment plus suffisamment à la technique aujourd’hui en France. Il y a beaucoup plus de formations en logiciels embarqués, en gestion de projets et en gestion financière et donc, automatiquement, les ingénieurs sortent de l’école en n’ayant que deux ou trois ans de technique et basculent d’entrée de jeu vers des postes de chef de projets ou de manager parce qu’ils sont formés pour cela et qu’ils n’ont plus envie de faire de la technique trop longtemps. Et aussi parce qu’un expert gestionnaire de projet est beaucoup mieux payé qu’un expert technique. Il y a toutefois une prise de conscience des pouvoirs publics de l’importance de l’électronique et des profils techniques dans l’industrie. La crise du Covid a réellement permis de mettre cela en exergue, notamment du fait de la pénurie de composants électroniques, et plus particulièrement de semi-conducteurs, qui a fortement impacté l’industrie automobile, notamment. Et le terme « électronique » a remplacé le terme « numérique » dans le discours des politiques, et ça, c’est vraiment une bonne chose.

Propos recueillis par Pascal Coutance

L’étude complète de Khonexio est disponible en cliquant sur ce lien.

 

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