« Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent ». Sans plagier Michel Audiard, force est de constater que quand le numéro mondial de la fonderie et le numéro un mondial de la sous-traitance parlent pénurie, on tend l’oreille.

Le Nikkei a pu recueillir les confidences séparées des Taïwanais Foxconn et de TSMC sur la pénurie de semiconducteurs. La pénurie mondiale de puces a déjà poussé plusieurs constructeurs automobiles à réduire leur production et s’est étendue à d’autres industries, allant des micro-ordinateurs et à l’électronique grand public, souligne le magazine japonais.

Le premier enseignement est que la pénurie de composants n’épargne pas les plus gros acheteurs, fussent-ils les sous-traitants d’Apple et des plus grandes entreprises mondiales. Ainsi Foxconn reconnaît que la pénurie mondiale de puces réduira ses livraisons de 10%. Si le sous-traitant du fait de son poids dans les achats a été épargné pour les deux premiers mois de l’année, Foxconn reconnaît que des problèmes d’approvisionnement sont apparus ce mois-ci qui conduiront à réduire son volume les livraisons de l’ordre de 10% sur une période non précisée. Le sous-traitant prévient même que la pénurie pourrait durer jusqu’au 2e trimestre de l’an prochain. En 2020, le chiffre d’affaires de Foxconn a augmenté de 0,31% à 5350 milliards de dollars taïwanais (187,5 milliards de dollars) pour un bénéfice net, en recul de 12%, à 101,79 milliards de dollars taïwanais (3,6 milliards de dollars), rappelle le Nikkei.

De son côté, TSMC revient sur les origines de la pénurie et sur l’opportunité de construire en Europe et aux Etats-Unis des méga-fonderies pour se prémunir à l’avenir de cette situation. Si ses explications vont dans le sens de la préservation de ses intérêts, force est de constater qu’elles sont plutôt frappées au coin du bon sens.

Selon Mark Liu, président de TSMC, contrairement à l’idée largement répandue, la pénurie actuelle ne vient pas du fait que la production de puces est trop concentrée à Taiwan, mais plutôt de la perturbation de la chaîne d’approvisionnement due au Covid-19 et l’imprévisibilité et les incertitudes engendrées par le différend commercial entre les États-Unis et la Chine, ainsi que la transformation numérique qui stimule les utilisations de l’électronique en raison de la pandémie. En clair, ce n’est pas un problème de capacité de production mondiale, mais de déséquilibres et d’incertitude dans la chaîne d’approvisionnement. Iconoclaste, le président de TSMC estime même qu’actuellement, la capacité de production mondiale est encore supérieure à la demande réelle du marché. Et d’évoquer le phénomène délétère des doubles commandes, qui contraint TSMC à déterminer minutieusement quelles sont les commandes les plus urgentes par rapport à celles qui ne le sont pas. Dans ce contexte, si TSMC comprend les raisons des Occidentaux de sécuriser la production de puces pour leurs infrastructures et leurs équipements de défense, la multiplication de méga-fonderies sur tous les continents, loin de résoudre les pénuries, pourrait conduire à des capacités supplémentaires non rentables qui fragiliserait alors l’ensemble de l’industrie des semiconducteurs.

Lire l’article du Nikkei sur Foxconn

Lire l’article du Nikkei sur TSMC