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Un conflit Chine/Taïwan risquerait d’impacter fortement l’électronique mondiale

Un conflit Chine/Taïwan risquerait d’impacter fortement l’électronique mondiale

Taiwan produit aujourd’hui 59% des circuits sur mesure sous-traités en fonderie dans le monde, et plus de la moitié du marché mondial des circuits intégrés les plus avancés (gravures sub 7 nm), hors mémoires. Un grave problème potentiel en cas d’un éventuel conflit avec la Chine. – par JP Della Mussia.

Au fil des ans, l’industrie de l’électronique s’est habituée à voir croître l’importance du principal fondeur mondial de circuits intégrés, le taïwanais TSMC, de loin le principal fabricant de circuits intégrés de l’île et leader mondial dans les technologies les plus fines. Sans se rendre vraiment compte que l’industrie électronique ne pourrait plus, aujourd’hui, s’en passer : il fournit la plupart des grands fabricants d’électronique en circuits sur mesure, y compris les fabricants de circuits intégrés traditionnels eux-mêmes pour leurs circuits les plus complexes (dont STMicroelectronics).

Les fabricants de semiconducteurs classiques (IDM) jouent un rôle modeste dans la production mondiale des circuits sur mesure, pourtant de plus en plus stratégiques. Samsung est ici classé dans les fabricants de semiconducteurs en général : son activité de fonderie n’est qu’une parmi d’autres.

TSMC fournit beaucoup de fabricants de systèmes électroniques, mais pas Samsung, son concurrent direct pour son activité fonderie, y compris dans les technologies sub 7nm. Un concurrent qui a la grande particularité d’être à la fois sous-traitant en circuits intégrés, fabricant de semiconducteurs classiques, mais aussi fabricant d’une foule de produits électroniques, souvent concurrents de ceux de ses clients en fonderie (c’est en particulier parfois le cas avec Apple). Confier la fabrication de ses circuits à Samsung peut donc s’avérer compliqué. Le troisième fondeur mondial, indépendant, Globalfoundries, a décidé de ne plus investir dans les circuits aux motifs inférieurs à 7 nm tellement les sommes à engager sont importantes (elles sont désormais supérieures à une dizaine de milliards de dollars). Ce fabricant peut donc certes toujours être une alternative à TSMC, mais plus pour les circuits les plus avancés. En outre, bien que troisième, ce n’est plus un grand acteur capable de se positionner comme secours significatif dans le cadre d’une offre mondiale insuffisante. UMC, un autre fondeur taïwanais, a une importance comparable.

Taïwan abrite 21% de la capacité de production mondiale en technologie < 10 nm pour la fabrication de circuits intégrés de tous types, y compris les mémoires. Hors mémoires – terre de prédilection des Coréens -, sa « part de marché » est donc beaucoup plus importante.

Les Chinois, eux, – dont le principal fondeur, SMIC, dix fois plus petit que TSMC- n’ont pas encore acquis les savoir-faire nécessaires pour des productions de circuits « sub 14 nm ». Ils sont d’ailleurs bloqués par un embargo américain au niveau de l’achat des équipements de fabrication de semiconducteurs les plus sophistiqués. Chacun peut donc imaginer à quel point le slogan « Taïwan fait partie de la Chine », que l’on entend dans la bouche des dirigeants chinois, enthousiasme les chinois dans leur grand dessein de rattraper l’Occident en circuits intégrés.

Or une étape supplémentaire a été récemment franchie par la Chine dans son discours « réunioniste » : le porte-parole du Ministère Chinois de la Défense a déclaré devant des journalistes : « en nous provoquant dans le détroit de Formose, les pro- indépendantistes [sous-entendu les Taïwanais et les Américains] jouent avec le feu: l’indépendance de Taïwan, c’est la guerre ». Il serait donc sans doute temps, pour les acheteurs de circuits intégrés, au moins de réfléchir aux formes possibles et aux conséquences d’un éventuel conflit.

Qu’une offensive soit imminente est peu probable. Les Américains ne souhaitent pas de conflit, ont-ils déclaré. Il faut en outre objectivement noter qu’il ne serait de l’intérêt de personne de « toucher » à TSMC : l’Occident en a impérativement besoin, mais la Chine aussi. C’est elle entre autres qui fabrique en sous-traitance les produits électroniques de grande diffusion de très nombreuses sociétés mondiales. Sans pouvoir se procurer des circuits avancés, sa capacité de production serait considérablement affaiblie.

Dans les années 2000, des tremblements de terre (entre autres) ont incité TSMC à investir sur deux grands sites de production de l’île au lieu d’un seul pour ses circuits très avancés. Ce fut une première étape pour sécuriser ses productions stratégiques. Elle a depuis construit une usine 300mm en Chine, mais limitée à notre connaissance aux gravures de 16nm. En 2020, la « menace » chinoise –et Donald Trump –ont incité la société à commencer à investir 12 milliards de dollars aux États-Unis dans une usine à l’état de l’art (sur plusieurs années. Ses investissements mondiaux annuels tous sites confondus sont désormais de l’ordre de 25 milliards de dollars). En dehors de cela, le discours officiel chez TSMC semble être « business as usual ».

Il faut, rappelons-le, plus de 2 ans entre une décision d’investissement dans une usine de circuits intégrés et un tout début de production de grandes séries. Pendant ce temps, le circuit intégré « sub 7 nm » est plus stratégique que jamais pour la progression d’une grande partie de l’industrie mondiale. Le quasi silence actuel autour du sujet devient pesant.

JP Della Mussia

 

 

 

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