Véhicules à hydrogène : Stellantis jette l’éponge
Le constructeur automobile a annoncé cet été renoncer à son programme de développement de la technologie de pile à combustible et à la production d’utilitaires légers à hydrogène. Un coup dur pour Symbio, co-entreprise détenue par Forvia, Michelin et Stellantis.
Le groupe Stellantis a annoncé le 16 juillet dernier qu’il renonçait à son programme de développement de la technologie de pile à combustible, mettant par la même occasion un coup d’arrêt à la production en série de ses utilitaires Stellantis Pro One à hydrogène qui devait débuter cet été à Hordain, en France, concernant les utilitaires de taille moyenne, et à Gliwice, en Pologne, pour les utilitaires de grande taille.
En raison de la disponibilité limitée des infrastructures de ravitaillement en hydrogène, des investissements considérables requis et du besoin d’incitations très élevées pour les clients, l’entreprise n’anticipe pas l’adoption des véhicules utilitaires légers à hydrogène avant la fin de la décennie, s’est justifié le constructeur automobile.
« Dans un contexte où l’entreprise se mobilise pour répondre aux exigences réglementaires en matière de CO2 en Europe, Stellantis a pris la décision de mettre fin à son programme de développement de la technologie de pile à combustible à hydrogène, explique Jean-Philippe Imparato, directeur des opérations de Stellantis pour l’Europe. Le marché de l’hydrogène demeure un segment de niche, sans perspectives de rentabilité économique à moyen terme. Nous devons faire des choix clairs et responsables pour garantir notre compétitivité et répondre aux attentes de nos clients grâce à notre offre électrique et hybride tant pour les véhicules particuliers que pour les utilitaires légers. »

© Symbio
Si Stellantis assure que cette décision n’aura « pas d’impact sur les effectifs » de ses sites de production et que « les activités de R&D liées à l’hydrogène seront réorientées vers d’autres projets », le coup est en revanche très dur pour Symbio, co-entreprise française détenue à parts égales par Forvia, Michelin et Stellantis et qui a inauguré fin 2023 une usine de piles à combustible dédiées à la mobilité (photo), à Saint-Fons (69).
Dans un communiqué daté du 28 juillet, Symbio dénonce « l’annonce brutale et unilatérale de Stellantis » d’arrêter toutes ses activités liées aux véhicules utilitaires à hydrogène. « Ce revirement stratégique soudain de Stellantis est un choc pour nos 640 collaborateurs, déplore Jean-Baptiste Lucas, CEO de Symbio, en poste depuis le 10 juillet. Nos équipes ont fait preuve d’un engagement exceptionnel pour répondre aux ambitions de Stellantis. Jamais une entreprise n’avait déployé de telles technologies à cette échelle et avec une telle maturité industrielle, en si peu de temps. Il est inconcevable que tout cela soit réduit à néant. »
Symbio précise que la décision de Stellantis va entraîner l’arrêt immédiat et définitif des programmes hydrogène appliqués aux véhicules utilitaires légers, avec un impact potentiel significatif sur les emplois. La direction de Symbio se mobilise par ailleurs activement autour de plusieurs scénarios financiers et industriels pour tenter de préserver l’emploi et garantir la pérennité de l’entreprise. Elle poursuit également des discussions actives avec le groupe Stellantis afin qu’il honore ses engagements, en assumant ses responsabilités contractuelles et en contribuant à la sécurisation de l’entreprise, y compris par le biais d’indemnisations.
Malgré ce revers, Symbio entend « redéfinir sa feuille de route pour poursuivre sa stratégie d’innovation et de diversification, avec une ambition intacte : construire l’avenir d’une filière hydrogène française et européenne souveraine ».
Les objectifs à moyen terme visent notamment la production à grande échelle du StackPackTM 75, un système de piles à combustible de 75 kW qui s’adapte à une pluralité d’usages notamment les bus, les autocars, mais aussi les applications stationnaires pour les secteurs fortement consommateurs d’énergie comme les datacenters. Symbio compte également industrialiser d’ici 2028 de nouvelles générations de systèmes de piles à combustible de 150 kW et 300 kW, destinées aux véhicules lourds.


