Mardi soir, à l’occasion de la cérémonie des 24e trophées du SPDEI, Pascal Fernandez, président du SPDEI, a fait un point sur la conjoncture compliquée du secteur, même si le cycle de décroissance actuel du marché des semiconducteurs est largement dû à l’effondrement du prix des mémoires.

« Nous nous attendons à une année en repli entre 8 et 10% par rapport à 2018. Notre industrie est familière de ces reversements de tendance qui ponctuent à intervalles réguliers la vie de nos entreprises. Si les prochains mois demeurent incertains, nous avons aucun doute sur les perspectives de croissance à moyen/long terme de l’industrie électronique en France », a souligné le président du SPDEI, commentant les résultats décevants de l’industrie électronique en 2019 après une année record en 2018.

Alors que le marché mondial des semiconducteurs, tiré par les mémoires, a progressé de 13,7% en 2018, il devrait céder de 10% à 15% cette année, principalement à cause de l’effondrement du prix des mémoires. Mais hors mémoires, la baisse du marché ne serait que de l’ordre de 1,5% cette année, avant une croissance annuelle moyenne de 2,8% est prévue dans les trois ans et de 2,9% dans la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), a indiqué Pascal Fernandez.

Quant au marché d’applications, on note une bonne résilience des marchés de l’automobile et de l’industrie, deux points forts de l’industrie électronique européenne. En excluant les mémoires, le marché européen des semiconducteurs pourrait en effet atteindre cette année 31,2 milliards dollars, dont 11,1 milliards pour l’automobile et 9,4 milliards pour l’industriel.

La conjoncture actuelle, minée par des niveaux de stocks records au niveau mondial qui ralentissent le retour à la croissance et des surcapacités de production dans les mémoires et les circuits analogiques, ne constitue donc que la fin d’un nième cycle de l’industrie des semiconducteurs.

Une cérémonie placée sous le signe du rassemblement de la filière et de l’innovation

« Cette 24e édition s’inscrit pleinement dans la continuité de la reconnaissance historique du caractère stratégique de la filière par le Conseil National de l’Industrie. Les membres de la filière, et notamment de la distribution, s’impliquent dans les travaux de la filière afin de bénéficier de ce nouvel élan. Nous le savons, notre profession est intimement liée aux tissus industriels français tant elle irrigue un large éventail de filières. C’est pourquoi nous avons tenu cette année à mettre en avant les actions du Comité de filière, mais également les enjeux cruciaux liés à l’innovation. La présence de Jean-Luc Estienne, président d’Acsiel et de Michael Tchagaspanian, executive vice- président du CEA LETI, témoignent de l’importance donnée aux acteurs de la distribution, ce dont je ne peux naturellement que me réjouir », a souligné Pascal Fernandez.

Ainsi, Jean Luc Estienne, président d’ACSIEL et membre du bureau du Comité stratégique de filière (CSF), a présenté les contours du contrat de filière précisant les engagements réciproques de la filière et de l’Etat. Les grands enjeux ont ainsi été rappelé : maîtriser les technologies nécessaires et répondre aux défis de la miniaturisation et de l’intégration ; déployer la numérisation de la chaîne valeur de l’électronique et maîtriser les coûts sur toute cette chaîne de valeur ; accompagner la transformation numérique de l’industrie et être en mesure de créer une structure de coordination avec les filières aval ; répondre rapidement aux besoins de compétences liées à l’évolution du marché ; anticiper et gérer la volonté potentielle de domination de certaines entreprises internationales qui pourraient avoir un contrôle trop monopolistique de certains secteurs.

Parmi, les avancées concrètes des travaux du comité de filière depuis la signature du contrat de filière en mars, signalons la signature d’un contrat EDEC (engagement de développement de l’emploi et des compétences) avec les pouvoirs publics, qui comportera différents volets : diagnostic pour repérer les compétences et les métiers en tension (on pense aux techniciens de fabrication et aux compétences en analogique), formation continue, alternance, etc. 520 000 euros seront financés sur deux ans via l’EDEC pour répondre aux problématique de l’emploi et de la formation dans l’électronique.

Michael Tchagaspanian, Executive Vice-Président du CEA-LETI, est ensuite intervenu afin d’exposer les principales réflexions et actions dans le domaine de l’innovation. « Hardware is back ! », a-t-il martelé, rappelant que les capteurs/actuateurs étaient le point de passage obligé pour connecter le monde physique réel à l’environnement de traitement numérique. Il a également souligné la tendance vers l’Edge computing pour rapprocher le traitement des données du local, afin de pallier les problèmes du cloud en matière de latence, de consommation électrique et de protection des données. Le responsable a insisté sur les bienfaits de l’innovation (40% du portefeuille de brevets du Leti est en exploitation chez les partenaires industriels du laboratoire). Elle se loge parfois où l’on ne s’y attend pas. Une pme française, orfèvre dans les bobinages, transformateurs et autres inductances pour le ferroviaire, a ainsi pu enrayer l’érosion de ses parts de marché face à la concurrence chinoise et indienne, en ajoutant, grâce au Léti, de la valeur à ses composants via l’intégration d’une fonction de monitoring de leur vieillissement. Un exemple à méditer.