Alors que le pari du Plan France Très Haut Débit est en passe d’être gagné, les industriels français réunis au sein du Sycabel, s’alarment d’un très fort ralentissement de leurs livraisons de câbles à fibre optique au troisième trimestre de 2019. Les importations chinoises sont pointées du doigt.

Au 3e trimestre de 2019, l’indicateur industriel de déploiement du Très Haut Débit (THD) du Sycabel enregistre en effet, pour la première fois depuis le 3e trimestre de 2011, une baisse de l’ordre de 20% d’un trimestre à l’autre, alors même que les déploiements dans l’Hexagone s’accélèrent, conformément au Plan France Très Haut Débit. Parallèlement, les statistiques douanières montrent une explosion des importations, notamment en provenance de la Chine et de la Corée du Sud. Ces entrées en douanes atteignaient en juillet 2019 un niveau très élevé et représentaient 45% de la production de câbles à fibre optique du Sycabel, alors qu’il était de 13% en 2017 et 23% en 2018.

Ces importations massives, couplées au manque de main d’oeuvre qualifiée sur l’ensemble du territoire, font peser des risques accélérés sur la filière industrielle du déploiement des réseaux en fibre optique, déplore l’organisation professionnelle. Le Sycabel a identifié trois types de risques : un risque de surcapacité pour les industriels nationaux, un risque de dégradation de la qualité et de l’évolutivité des réseaux déployés et enfin, un risque de réseaux à 2 vitesses nécessitant la mise en place de procédures pour contrôler la qualité des infrastructures.

Le Sycabel regroupe en France la quasi-totalité des fabricants de fibres optiques, de câbles et de matériels passifs des réseaux de communication. Sur les six dernières années, les industriels du Sycabel ont lourdement investi dans de nouveaux équipements de production, construit plus de 55 000 m² de locaux industriels supplémentaires (6 usines), recruté ou reconverti plus de 735 personnes. Sur une période de 6 ans, de 2013 à 2018, leur investissement a atteint 210 M€, soit 18,5% de leur CA cumulé.

C’est en 2008 que la France a choisi un modèle spécifique d’équipement en très haut débit fixe, associant déploiements privés et publics. Avec le lancement en 2013 du Plan France Très Haut Débit, l’ambition du gouvernement était de couvrir l’intégralité du territoire en Très Haut Débit d’ici 2022 dont 80% minimum en fibre optique jusqu’à l’abonné (FttH), avec un objectif intermédiaire de bon Haut Débit en 2020. L’Etat a affecté une enveloppe de 3,3 milliards d’euros à cet objectif qui mobilise les acteurs privés et publics dans les territoires.

Selon les chiffres de l’Arcep, à la fin du 1er semestre, la France comptait 30 millions d’abonnés à l’Internet haut débit dont 20% d’abonnés FttH. 50% du territoire était fibré. 21,6 millions de locaux sont équipés en THD (58% de l’objectif) ; 15,5 millions de locaux sont éligibles au FttH (52% de l’objectif). 13 millions de locaux sont raccordables (64,5% de l’objectif) dans les zones très denses (ZTD) et les zones moins denses relevant d’opérateurs privés (ZMD-AMII). 2,5 millions de locaux sont raccordables (26 % de l’objectif) dans les zones moins denses relevant des collectivités territoriales (ZMD-RIP).

Dans le cadre du Plan France Très Haut Débit, le nombre total de lignes fixes à équiper en THD (FttH + autres technologies – débit > 30 Mbit/s) à l’horizon de 2022 est évalué à 35 millions pour couvrir 100% du territoire. L’objectif FttH du Plan France THD pour 2022 (80% de locaux raccordables en FttH > 100 Mbit/s) devrait être tenu. En revanche, il y a encore une incertitude sur l’atteinte de l’objectif de 100% des locaux recevant un débit > 30 Mbit/s.

Par ailleurs, aucun plan n’est à ce jour prévu pour la couverture en FttH après 2022 des 20% de locaux restants qui se situent essentiellement en zone rurale. Il n’est pas envisageable de laisser se créer une nouvelle fracture numérique entre les territoires, dénonce le Sycabel.

Cette baisse brutale – voire interruption – des livraisons françaises soulève une vive préoccupation dans les rangs du Sycabel, tant au niveau de la gestion industrielle et de l’emploi que de la pérennité des investissements réalisés en France.

Ce changement est d’autant plus préoccupant que la filière « Fibre Optique » a été reconnue comme stratégique pour la « Souveraineté Télécom » de la France, un contrat de filière devant être prochainement signé. Quatre acteurs majeurs du secteur des télécommunications, la Fédération Française des Télécoms, l’Afnum, le Sycabel et InfraNum, ont en effet créé le Comité Stratégique de Filière « Infrastructures du Numérique » qui vise à fédérer la chaîne de valeur, renforcer la filière industrielle et exporter le modèle français du THD.