Ce matin à Bercy lors d’une journée dédiée à l’industrie automobile française, le ministre de l’économie et des finances a annoncé plusieurs mesures pour soutenir la filière qui subit un environnement conjoncturel dégradé et doit, dans le même temps, faire face aux investissements nécessités par la transition vers le véhicule électrique et la conduite autonome.

Objectif : atteindre 100 000 bornes et 1 million de véhicules électriques en 2022

Pour encourager la demande, l’enveloppe dédiée au bonus automobile pour les véhicules électriques augmentera de 50% l’an prochain, a annoncé Bruno Le Maire. 300 000 Français ont bénéficié d’une prime à la conversion en 2018. Et ce nombre sera dépassé en 2019. Ensuite, pour donner de la visibilité à la filière et accompagner dans la durée le développement des véhicules électriques en France, un calendrier sera fixé sur trois ans et sera annoncé prochainement par Elisabeth Borne. Enfin, le gouvernement souhaite électrifier le territoire, avec un objectif : atteindre 100 000 bornes et 1 million de véhicules en 2022. Aujourd’hui, il y a environ 230 000 véhicules en circulation et près de 28 000 bornes. Sur les technologies de rupture liées à l’automobile, une filière européenne de batteries électriques est en train de se construire avec l’Allemagne et la Pologne. Elle doit permettre de produire dès 2022 des batteries européennes. La technologie hydrogène a également été identifiée comme une technologie stratégique dans laquelle investir dans le cadre du Pacte productif.

Une conjoncture dégradée qui fragilise les sous-traitants

Ces révolutions technologiques interviennent dans un contexte international difficile marqué par une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine et les Etats-Unis et l’Europe, un ralentissement du marché automobile européen avec des prévisions alarmistes qui anticipent des baisses de demandes de 10% à 20% à partir de 2020. A ce contexte international s’ajoute les faiblesses structurelles des sous-traitants automobiles français.

La Banque de France a remis au ministre une étude sur la situation économique et financière des entreprises sous-traitantes, qui a pointé 3 faiblesses : l’obsolescence de l’appareil de production provoquée par des investissements trop faibles ; le poids démesuré du besoin en fonds de roulement notamment dû à une hausse des délais de paiement chez leurs clients et enfin, un financement à court terme, pour plus de la moitié des sous-traitants. « La conséquence est simple : si le marché fléchit près de la moitié des sous-traitants auront des difficultés à obtenir des financements pour 2020 », alerte Brune Le Maire.

Pour accompagner la transformation écologique de la filière, 25 millions d’euros des recettes du déplafonnement du malus abonderont un fonds dédié aux sous-traitants de l’automobile. Il les accompagnera pour réussir la transition écologique, identifier les meilleures opportunités de diversification et investir dans de nouvelles lignes de production.

Ensuite, pour faire face aux difficultés conjoncturelles qui s’annoncent (certains experts anticipent une chute de la demande de 10% à 20% en 2020), le gouvernement va mettre en place un fonds de garantie des prêts. 25 millions d’euros de fonds publics pour générer jusqu’à 200 millions d’euros de prêts garantis.

Si l’activité doit diminuer dans le secteur automobile en 2020, ce fonds devra permettre aux sous-traitants de continuer à financer leur activité. Enfin, pour anticiper les risques de défaillances d’entreprise, les Commissaires aux Restructurations et à la Prévention des difficultés des entreprises seront mobilisés pour suivre les entreprises les plus à risque et accompagner grâce à la médiation d’entreprise.

Restaurer la compétitivité pour produire en France

En 2011, la France était le 2e pays de production automobile d’Europe. Aujourd’hui, elle est le cinquième derrière l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni est l’Allemagne.

Les groupes automobiles français génèrent un chiffre d’affaires plus important à l’étranger qu’en France. La France est le pays d’Europe qui a le plus délocalisé son industrie automobile durant la dernière décennie. Le gouvernement ne veut plus de ce modèle. C’est un modèle où l’Etat a soutenu l’innovation et la demande sans jamais obtenir de contreparties sur la production en France.

« Nous allons continuer dans les mois à venir à restaurer la compétitivité française en baissant les impôts de production. Je veux que les impôts de production commencent à baisser durant le quinquennat et que nous tracions une trajectoire de baisse sur 10 ans », a déclaré Bruno Le Maire, rappelant la pérennisation du Crédit impôt recherche, la baisse de l’impôt sur les sociétés jusqu’à 25% en 2022 et la transformation du CICE en allègement de charges.

« Mais nous ne pouvons pas nous engager à baisser les impôts de production si vous ne vous engagez pas à maintenir l’activité en France. Nous voulons de la visibilité sur le niveau de production en France », a ajouté le ministre.

Le gouvernement va donc confier à un expert de l’automobile, Hervé Guyot, la mission d’évaluer dans les mois qui viennent avec les constructeurs les conditions pour maintenir et relocaliser l’activité en France d’une part, et améliorer les relations entre donneurs d’ordres et sous-traitants d’autre part. Il remettra ses premières conclusions en début d’année prochaine, pour alimenter le Pacte productif, et son rapport final au printemps prochain.

Enfin, une course au rapprochement et aux partenariats stratégiques s’est engagée pour obtenir la masse critique afin d’être compétitif et être à la pointe de l’innovation. Les constructeurs français y sont engagés. L’alliance Renault-Nissan s’est renforcée, après la période d’incertitude liée à l’affaire Carlos Ghosn. La volonté de rapprochement de Fiat Chrysler et PSA pourrait donner naissance au quatrième groupe automobile mondial avec près de 9 millions de véhicules produits par an. Ces deux groupes permettent à la France d’avoir 2 constructeurs parmi les 5 plus grands constructeurs mondiaux.

La filière française compte 800 000 emplois directs chez les concessionnaires, les constructeurs et les sous-traitants.