La ministre de l’industrie n’est pas venue les mains vides hier à Grenoble pour afficher l’ambition renforcée de l’Etat pour l’industrie électronique à travers la la mise à jour du contrat stratégique de filière : lancement de trois nouveaux axes structurants de développement (projets d’innovation en électronique de puissance, IA embarquée, soutien aux implantations e développement de compétences clés ; emploi), sans compter la divulgation de la liste de 22 nouveaux bénéficiaires de l’appel à projets (re)localiser, et la préparation d’un projet européen sur l’électronique et la connectivité en complément de Nano2022.

Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’industrie, et le Comité stratégique de filière (CSF) des Industries Electroniques, représenté par son président Thierry Tingaud, ont signé jeudi l’avenant au contrat de la filière électronique à Bernin, en lsère, dans les locaux de Soitec.

L’avenant actualise le contrat de filière initialement signé le 15 mars 2019 et propose trois nouveaux axes structurants liés aux enjeux prioritaires du plan France Relance :

  • Le lancement de nouveaux projets d’innovation au service des transitions numérique et énergétique : l’électronique de puissance pour améliorer les rendements du véhicule électrique et les technologies d’intelligence artificielle embarquée et frugale en ressources ;
  • Une mobilisation renforcée de la filière et de l’Etat en faveur de la souveraineté technologique et industrielle de l’Europe, par un soutien aux implantations industrielles, à la création de filières d’avenir souveraines et au développement des compétences clés ;
  • Une coopération renforcée pour réaliser le fort potentiel d’emploi dans la filière et favoriser un recrutement plus inclusif (attractivité des jeunes et des publics en reconversion/insertion, plan égalité femmes-hommes, hybridation des formations avec les filières partenaires).

Cette actualisation du contrat tire les enseignements d’une crise sanitaire qui a rappelé le rôle stratégique de la filière électronique dans toutes ses composantes (fabricants, sous­traitants et distributeurs) et mis en évidence le haut degré d’interdépendance de la chaine de valeur électronique mondiale.

22 nouveaux lauréats dans l’électronique de l’appel à projet « résilience »

A l’occasion de ce bureau du CSF, Agnès Pannier-Runacher a également annoncé une nouvelle vague de 105 projets lauréats de l’appel à projet « résilience » de soutien aux « secteurs critiques », dont l’électronique.

Parmi ces nouveaux lauréats, 22 projets portés par des entreprises de l’électronique et de la photonique totalisent 76 millions d’euros d’investissement industriels visant à (re)localiser des productions critiques en France et à assurer les premières implantations en France de productions d’avenir. Ces projets bénéficieront d’un soutien public de 23 millions d’euros. La réalisation de ces 22 projets devrait conduire à la création de plus de 900 emplois directs à un horizon de quatre à cinq ans. Nous y reviendrons.

 

Au total, environ 70 entreprises de la filière électroniques bénéficient d’un accompagnement de France Relance, pour un montant total de 124 millions d’euros :

  • 13 entreprises de l’électronique ont déjà été soutenues à hauteur de 26 millions d’euros dans le cadre de l’appel à projet « résilience » pour un montant d’investissements industriels de 104 millions d’euros ;
  • dans le cadre du Comité d’orientation pour la recherche automobile (CORAM) du 2 juillet 2020, un soutien à hauteur de 50 millions d’euros a été apporte a 9 entreprises pour des travaux de R&D portant sur des composants et équipements stratégiques pour la production de véhicules électriques et le développements de l’électromobilité ;
  • une trentaine d’entreprises ont par ailleurs été soutenues à hauteur de 25 millions d’euros pour 90 millions d’euros d’investissements industriels dans le cadre des appels à projets dédiés a la modernisation et à la diversification dans les filières aéronautique et l’automobile.

La signature de l’avenant a également permis de rappeler l’engagement de l’Etat en faveur de la filière dans le cadre du plan Nano 2022. Depuis 2018, 420 millions d’euros d’aides ont été engagées par l’Etat et 135 millions d’euros déjà versées sur un total de 890 millions d’euros de soutien prévu sur la période. A ce montant, s’ajoutent 98 millions d’euros engagés par les collectivités locales et 100 millions d’euros engagés dans le cadre de financements européens.

L’avancée des travaux a pu être mesurée en amont de la signature de l’avenant par la visite du site de production de l’entreprise Soitec, l’un des six chefs de file du plan Nano 2022 avec STMicroelectronics, Lynred, Murata France, X-Fab France et UMS.

Le soutien apporté par l’Etat, la communauté de communes Le Grésivaudan et la Région Auvergne Rhône-Alpes permet à Soitec et à ses partenaires locaux et européens de réaliser l’industrialisation de travaux de R&D dans le domaine des substrats semiconducteurs avancés. Ces technologies de pointe sont présentes dans la quasi­ totalité des téléphones mobiles et utilisées par 6 milliards de puces électroniques sur le marché automobile. Soitec a d’ores-et-déjà pu mettre en service une nouvelle unité de production en 2018 qui sera complétée par une seconde unité en cours d’installation depuis 2020. L’objectif de Soitec était de créer 700 emplois nouveaux sur !’ensemble de la durée du plan Nano 2022 ; aujourd’hui ce sont 500 emplois directs qui ont déjà été créés sur le site de Bernin.

L’Etat et la filière travaillent désormais à la construction d’une stratégie d’accélération électronique qui sera déployée des 2021 dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir (PIA4). Cette stratégie pluriannuelle se donne pour objectif de consolider les positions de force de la France en microélectronique et électronique professionnelle, d’accroitre son indépendance dans des catégories de produits critiques pour la souveraineté, et d’accompagner la filière dans sa croissance en développant la formation initiale et continue.

Un nouveau projet européen sur l’électronique et la connectivité en préparation

Cette stratégie sera prolongée au niveau européen par la construction d’un nouveau projet important d’intérêt européen commun (PIIEC) sur l’électronique et la connectivité.

Enfin, la stratégie nationale pour l’Intelligence Artificielle sera complétée par plusieurs mesures de soutien adaptées au domaine de !’intelligence artificielle embarquée dont notamment :

  • Un appel à projets pour accompagner le développement d’une offre industrielle de composants et de systèmes électroniques pour l’IA embarquée. Les applications pourront notamment s’intégrer dans les besoins de la transition écologique ou des applications souveraines françaises ;
  • Un appel à projets en soutien à la maturation des technologies électroniques de rupture.

Agnes Pannier-Runacher a déclaré à l’issue de cette réunion : « La crise sanitaire et ses répercussions économiques ont éclairé d’une lumière crue les conséquences du laisser-faire et du manque d’investissements qui ont trop longtemps prévalus dans des domaines critiques comme l’électronique. Cela confirme que notre stratégie de reconquête industrielle engagée dès 2017 sous l’impulsion du président de la République et avec Bruno Le Maire était la bonne. II faut désormais aller plus loin et plus vite. C’est l’ambition du plan France Relance qui a fait de l’industrie une de ses priorités. Notre ambition pour l’électronique repose sur deux piliers : la maîtrise technologique pour garantir notre souveraineté, et le développement d’un marché porteur, générateur de valeur ajoutée et d’emplois. Pour cela, nous investissons ici et maintenant pour reprendre en main notre destin et construire la France de 2030 ».

« France Relance » mobilise plus de 35 milliards d’euros en faveur de l’industrie, avec une feuille de route structurée autour de quatre axes : décarboner, (re)localiser, moderniser et innover.