L’industrie des semiconducteurs semble avoir jusqu’à présent échappé à l’impact direct de la crise du coronavirus, mais ne pourra pas être épargnée à terme, car l’épidémie ralentit ou suspend la production chez les fabricants de produits électroniques qui achètent les composants et chez les prestataires d’assemblage et de test de puces, analyse Omdia.

Pour le cabinet d’études américain, malgré les défis logistiques, d’assemblage et de test de puces liés au coronavirus, les usines de semiconducteurs situées en Chine continuent de fonctionner normalement, avec des taux de capacité élevés.

Les unités de production de semiconducteurs sont intrinsèquement propres et hautement automatisées, créant un environnement qui n’est pas propice à la propagation des maladies. En conséquence, les fonderies opérant dans le pays – y compris SMIC, TSMC et UMC – ont pu maintenir des conditions de production normales sans aucun changement. Les taux d’utilisation de la capacité de ces usines restent élevés. À Wuhan même, le fournisseur de mémoires YMTC a maintenu sa chaîne de production à un niveau normal. L’usine XMC de la région de Wuhan fonctionne également bien.

« L’offre mondiale de puces au cours des deux premiers mois de 2020 ne semble pas être affectée par l’épidémie de coronavirus. Il y a beaucoup de stocks de puces dans la chaîne logistique, compensant les déficits de production liés aux coronavirus dans les usines de semiconducteurs situées dans la région de Wuhan et ailleurs en Chine. De plus, peu de fournisseurs de semiconducteurs sont situés dans des zones touchées par le virus, et tous les circuits intégrés vendus par ces sociétés peuvent facilement être obtenus auprès d’autres fabricants de puces », a déclaré Len Jelinek, vice-président de la recherche, en charge des semiconducteurs et des composants chez Omdia.

Cependant, les risques ne sont pas écartés. Etant donné que le marché des semiconducteurs représente une composante énorme de l’économie mondiale, ayant généré un chiffre d’affaires estimé à 424,8 milliards de dollars en 2019, une perturbation de la production de puces en Chine pourrait avoir des ramifications majeures pour la croissance économique mondiale.

Le véritable danger pour l’industrie des semiconducteurs se situe ailleurs, car le coronavirus interrompt la production dans les entreprises de fabrication électronique qui représentent certains des plus grands acheteurs mondiaux de semiconducteurs. Le taux d’utilisation des capacités de tous les fabricants d’électronique en Chine est actuellement inférieur à la normale. Cela est principalement dû à des pénuries de main-d’œuvre, de nombreux travailleurs ne retournant toujours pas au travail.

« Les sous-traitants EMS et ODM devant faire face au faible nombre de travailleurs ayant repris le travail après des fermetures du Nouvel An lunaire, le marché mondial sera confronté à de sérieux défis à l’approche du deuxième trimestre. La Chine est un centre majeur pour les services de fabrication, avec des organisations gigantesques comme Foxconn. Ces sociétés représentent les principaux acheteurs de semiconducteurs, représentant 29% des achats mondiaux cette année », poursuit l’analyste.

Les principales opérations EMS/ODM dans la région comprennent les opérations de production d’iPhones de Foxconn situées à moins de 500 km de Wuhan à Zhengzhou. Cette usine est ouverte et fonctionne, mais seulement à environ 10% à 20% de sa capacité en raison de problèmes de main-d’œuvre. D’autres sous-traitants EMS/ODM dans la région, y compris les usines de Jabil et Wistron, souffrent également de problèmes, mais leur poids n’a pas un impact aussi important que Foxcon sur la demande de semiconducteurs.

Le coronavirus ralentit l’activité d’importation/exportation

« Pour les fournisseurs étrangers de semiconducteurs, en particulier les entreprises fabless, le plus grand défi est la logistique d’importation et d’exportation. En raison des contrôles placés sur les vols à destination et en provenance de Chine, de nombreux fonctionnaires ne sont pas retournés au travail. En conséquence, le processus d’importation/exportation en Chine prend maintenant beaucoup plus de temps qu’auparavant, ce qui ralentit le rythme du commerce », a déclaré Hui He, analyste principal en semiconducteurs chez Omdia.

Fort heureusement, l’impact de ce ralentissement logistique est atténué par le fait que le premier trimestre est la période creuse de l’année pour le secteur mondial de l’électronique. Avec des taux de production à des niveaux relativement bas, l’impact négatif du coronavirus n’a ainsi pas encore été pleinement ressenti.

Pour les fabricants de puces, l’impact est plus grave dans le domaine des prestations de mise en boîtier et de test des puces. En raison de pénuries de main-d’œuvre, de nombreuses usines de packaging et de test en Chine ont réduit, voire arrêté leurs activités. Cela crée un goulot d’étranglement pour les fabricants de puces qui s’appuient sur ces prestataires.

À l’heure actuelle, de nombreuses petites et moyennes entreprises de conception de puces sont confrontées au dilemme de ne pas être en mesure d’obtenir une capacité de production suffisante des usines d’assemblage et de test. Si ce ralentissement de la production se prolonge, ces sociétés de conception risquent d’être mises en faillite ou vendues, prévient Omdia.