Moore4Power veut réinventer l’électronique de puissance
Coordonné par Infineon, Moore4Power est un vaste projet européen de 91 millions d’euros réunissant 62 partenaires de 15 pays pour développer une électronique de puissance plus efficace, plus compacte et plus rapide à industrialiser.
Infineon Technologies lance officiellement Moore4Power (More than Moore for Disruptive Innovations in Power Electronics), un programme européen de recherche consacré à la prochaine génération d’électronique de puissance. Soutenue par Chips JU et Horizon Europe, cette initiative réunit pendant trois ans 62 partenaires industriels, PME et instituts de recherche issus de 15 pays européens autour d’un budget global de 91 millions d’euros.
Le projet entend répondre aux limites atteintes par la miniaturisation traditionnelle des semi-conducteurs. Alors que la loi de Moore a longtemps permis d’augmenter les performances grâce à des transistors toujours plus petits, Moore4Power mise désormais sur une approche « More than Moore », centrée sur l’intégration intelligente de plusieurs technologies et fonctions au sein d’un même système.
L’objectif est de combiner différents matériaux comme le silicium (Si), le carbure de silicium (SiC) et le nitrure de gallium (GaN), associés à des fonctions de contrôle, de détection et de communication. Cette intégration hétérogène doit permettre de concevoir des systèmes plus compacts, plus fiables et plus performants sur le plan énergétique.

© Infineon Technologies
« L’électronique de puissance est un facteur déterminant pour l’efficacité énergétique et le développement durable. Avec Moore4Power, nous établissons une nouvelle norme d’intégration intelligente pour atteindre une efficacité énergétique et une utilisation des ressources nettement supérieures », explique Jochen Koszescha, responsable de la coordination du projet Moore4Power chez Infineon Technologies.
Le programme vise plusieurs secteurs à fort enjeu énergétique. Dans l’éolien, les nouvelles architectures doivent améliorer la conversion de l’énergie directement au sein des turbines afin d’augmenter la production électrique. Dans la mobilité électrique, le consortium travaille sur des systèmes de recharge bidirectionnelle capables d’atteindre un rendement proche de 99%. Pour le ferroviaire, l’ambition est de réduire d’au moins 30% les pertes liées aux systèmes de propulsion.
Moore4Power doit également accélérer le développement des futurs composants grâce à l’intelligence artificielle, aux jumeaux numériques et à des flux de conception automatisés. Selon Infineon, ces outils permettront de réduire fortement les temps de simulation et de validation. Le délai entre la fabrication des premiers prototypes et la validation technique pourrait ainsi être ramené à une semaine seulement, contre plusieurs semaines aujourd’hui.
Le projet met aussi l’accent sur la durabilité des équipements électroniques. Les modules de puissance intégreront un Passeport Numérique de Produit (PNP) accessible sans fil, capable de fournir des informations sur les conditions d’utilisation, l’état de santé des composants et leur durée de vie restante. Cette traçabilité doit faciliter la maintenance, prolonger la durée d’exploitation des équipements et améliorer leur recyclage.
Infineon souligne que cette approche contribuera à limiter la consommation de matières premières et à réduire les émissions de CO₂, tout en renforçant les capacités industrielles européennes dans les semi-conducteurs de puissance.
Le consortium réunit de nombreux acteurs académiques et industriels européens. Pour la France, les partenaires impliqués sont Ampère, le Commissariat à l’Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives (CEA), l’Institut Vedecom, Rayione et Trialog.


