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Le fondateur de Khonexio décortique pour ViPress les grandes tendances de son étude sur les salaires de l’électronique

Le fondateur de Khonexio décortique pour ViPress les grandes tendances de son étude sur les salaires de l’électronique

Le mois dernier, ViPress.net a publié une étude du cabinet de recrutement Khonexio réalisée auprès d’un vaste panel de 19 000 personnes et portant sur les salaires des métiers de l’électronique en France en 2022. En exclusivité pour ViPress.net, David Hourdebaigt, fondateur de Khonexio et auteur de cette étude unique en France, en détaille les principaux enseignements, répertorie les similitudes et les différences avec l’étude 2021, liste les compétences métier en tension, et évoque pêle-mêle le besoin de mobilité des ingénieurs, le resserrement des salaires entre les ingénieurs hardware et software, et le problème de la formation en électronique en France.

L’un des enseignements de votre étude précédente, qui portait sur les salaires de l’électronique en 2021, consistait en une homogénéisation des salaires d’un point de vue géographique, du fait de la migration des Franciliens vers la province, conséquence directe de la crise du Covid. Qu’en est-il pour la nouvelle étude que vous avez publiée le mois dernier et qui concerne les salaires 2022 ?

David Hourdebaigt, fondateur de Khonexio et auteur de l’étude

David Hourdebaigt – L’étude 2022 indique que ce phénomène s’est encore accentué avec un resserrement des salaires entre la région parisienne et les différentes zones géographiques de province que nous avons analysées en 2021 et 2022, à savoir les agglomérations de Lyon/Grenoble, Nice, Marseille/Aix, Toulouse et Bordeaux. Je ne compte pas ici la zone Brest/Nantes/Rennes que nous avons ajoutée dans notre étude 2022 et pour laquelle nous n’avons pas de référence antérieure. En 2021, le phénomène était en effet directement lié au Covid avec des Franciliens qui ont décidé de s’exiler en province et ont ainsi contribué à tirer vers le haut les salaires en régions. En 2022, le phénomène a été amplifié par le télétravail, c’est-à-dire que le Covid a poussé les entreprises, et principalement les PME, à repenser leur méthode de travail, à proposer à leurs salariés une plus grande flexibilité dans leur vie professionnelle en leur permettant de télétravailler. Certes, il n’y a pas eu de confinement en 2022 mais le nombre de jours télétravaillés était en moyenne supérieur à ce qu’il était en 2021 du fait de ce changement de pratique. Je le vois chez les clients de notre cabinet : de nombreuses entreprises ont opté pour deux, voire trois jours de télétravail par semaine.
Nous sommes ainsi passés d’une période avant Covid où le télétravail était très peu pratiqué, à du 100% télétravail – en tout cas pour les professions qui le permettaient – pendant la période la plus stricte du Covid, parce qu’on y était obligé. Et maintenant, en cette période que l’on peut qualifier de post-Covid, on est dans une phase d’aménagement du temps de travail en combinant jours de présence dans l’entreprise et jours de télétravail. On constate aussi que certaines entreprises, notamment des PME de région parisienne, ont ouvert des antennes en province avec quelques salariés sur place. Cette flexibilité dans l’aménagement du temps de travail offre ainsi des possibilités intéressantes pour le salarié, mais également pour l’entreprise.

Dans votre étude 2022, vous avez effectivement ajouté une zone géographique, en l’occurrence la zone Brest/Nantes/Rennes. Pourquoi ce rajout ?

David Hourdebaigt – Il se trouve que le nombre de candidats issus de cette région, ou souhaitant y emménager, a beaucoup augmenté l’an dernier. Nous nous devions donc de l’ajouter aux six autres régions pour que notre étude soit la plus représentative possible au niveau national et la plus riche possible. Je crois qu’il faut y voir, là encore, un effet Covid, la région Grand-Ouest étant l’une des destinations préférées des Franciliens qui se sont délocalisés. Il existe aussi une forte dynamique dans ses régions en termes de pôle de compétitivité et d’attractivité dans le domaine de l’électronique. On constate toutefois que, pour le moment, cette région est la moins rémunératrice des sept régions que nous avons sélectionnées pour notre étude 2022, avec un écart moyen de 16,6% avec la région parisienne.

En 2021, votre étude constatait un écart de plus en plus important entre les différents secteurs applicatifs de l’électronique avec, en moyenne, un écart de 16% entre le débouché le plus rémunérateur, la défense, et le moins rémunérateur, l’automobile. Avez-vous observé une tendance identique en 2022 ?

Crédit illustration : Khonexio

David Hourdebaigt – Non, c’est l’inverse. L’étude 2022 montre qu’il y a un resserrement des salaires entre les différents secteurs applicatifs. Comme l’an passé, le secteur le plus rémunérateur reste la défense et le moins rémunérateur l’automobile, mais l’écart de salaire entre ces deux secteurs applicatifs qui constituent les deux extrémités du spectre, est passé de 16% en 2021 à seulement 12,8% en 2022. Et la quasi-totalité des débouchés de l’électronique (hormis l’automobile et le ferroviaire) accusent en moyenne un déficit de salaires inférieur à 10% par rapport au domaine le plus généreux qu’est la défense, ce qui montre bien un resserrement global des salaires quels que soient les secteurs applicatifs. Et si on y regarde d’un peu plus près, on constate également en 2022 que certains débouchés ont nettement augmenté leur salaire par rapport à d’autres, notamment dans les domaines de l’énergie et des télécoms, qui ont connu des remontées assez importantes dans le classement des secteurs applicatifs de l’électronique les plus rémunérateurs. Le secteur de l’énergie passe ainsi du 5è rang en 2021 au 3è rang en 2022, tandis que les télécoms grimpent parallèlement de la 7è à la 4è place. C’est somme toute assez logique dans la mesure où ces domaines ont le vent en poupe. Les télécoms sont portés par la 5G dont les investissements et le déploiement sont importants, mais aussi par l’arrivée future de la 6G sur laquelle des entreprises travaillent déjà, notamment dans le test et la mesure et la R&D. Pour ce qui est de l’énergie, c’est également un domaine porteur, notamment pour tout ce qui tourne autour de l’environnement, des énergies renouvelables mais aussi de l’hybridation et de l’électrification des moyens de transports (voitures, avions, etc.). Il est probable également que la guerre en Ukraine ait des conséquences au niveau du secteur énergétique en termes de salaires.

L’an dernier, lors de l’interview que vous nous aviez accordée pour votre étude de 2021, vous aviez constaté que l’écart se creusait entre les salaires des spécialistes du hardware et ceux des ingénieurs software au bénéfice de ces derniers, cela malgré la difficulté des entreprises à trouver des profils hardware tels que des analogiciens ou des spécialistes en électronique de puissance. Mais vous aviez conclu votre intervention en disant que cet écart allait un jour ou l’autre mécaniquement se réduire compte tenu de la situation de pénurie en ingénieurs hardware. Ce jour-là est-il arrivé ?

David Hourdebaigt – Effectivement, l’écart de salaires entre les spécialistes hardware et les ingénieurs software s’est resserré de manière assez significative en 2022. Enfin, serait-on tenté de dire car il est toujours aussi difficile de trouver des profils techniques. Le fossé s’est résorbé de près de 25% entre les salaires de ces deux populations, si bien que l’écart n’est plus que de 12,1%, toujours en faveur des spécialistes logiciel. De nombreuses écoles d’ingénieurs étant tournées vers le logiciel, de plus en plus de profils software ont inondé le marché ces dernières années, au point que leurs salaires ont plutôt tendance à stagner aujourd’hui alors que ceux des ingénieurs techniques, notamment en électronique analogique, sont enclins à augmenter car ils sont très recherchés. Pour les jeunes qui se demandent si une carrière d’ingénieur hardware est suffisamment rémunératrice, il faut leur dire qu’il est difficile aujourd’hui pour une entreprise francilienne d’embaucher un débutant à moins de 40 000 € annuels.

Votre étude 2022 met également en avant l’envie de mobilité des ingénieurs.

David Hourdebaigt – Elle révèle en effet – et c’est la première année que nous sondons ce critère – que près de 70% des ingénieurs en poste sont soit en recherche active d’un nouveau poste (16,3%), soit à l’écoute du marché (22,8%), soit attentifs aux opportunités qui se présentent à eux (30,1%). Cela signifie que près de 70% des ingénieurs qui ont répondu à notre enquête songent potentiellement à changer de poste. Autre chiffre édifiant : 93,4% des salariés ayant accepté une contre-offre de leur employeur, qui leur proposait un meilleur salaire pour les conserver, ont quand même quitté leur entreprise dans les 18 mois qui ont suivi. L’envie de mobilité des ingénieurs de l’électronique est donc un phénomène très important.
D’ailleurs, si on fait appel de plus en plus à des cabinets tels que le nôtre, ce n’est pas parce que le contingent de personnes qui travaillent dans l’électronique en France augmente ou que l’activité des entreprises augmente beaucoup, c’est avant tout parce qu’il y a un grand besoin de mobilité dans le travail afin de trouver un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle.

Toujours dans cette optique, on observe également des phénomènes de “grande démission” et, de ce que j’appelle, de “grande reconversion”, avec des ingénieurs qui décident de changer de métier, et même de changer de vie. Pour l’anecdote, j’ai un exemple récent d’une entreprise qui recherchait un poste d’ingénieur électronique hyperfréquence parce que l’un de ses ingénieurs est parti pour devenir … boucher. Ce genre de décision n’est plus si exceptionnelle, bien que je ne pense pas que ça soit lié à l’électronique. C’est plutôt une tendance sociétale de fond.

Quels sont les leviers proposés par les entreprises pour attirer les candidats, hormis les considérations de salaire ?

David Hourdebaigt – On constate que ce sont les PME qui innovent le plus dans ce domaine, avec des leviers tels que des bonus de bienvenue, des majorations directes après période d’essai validée, des revalorisations salariales tous les 6 mois, et bien sûr le télétravail partiel, entre autres. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les grands groupes sont de plus en plus délaissés, comme nous l’avions constaté lors de notre précédente étude. C’est un phénomène qui s’est amplifié en 2022 avec des grands groupes qui ont de plus en plus de mal à recruter.

Autre nouveauté de votre étude 2022 : un graphique qui permet de répertorier et de visualiser les métiers de l’électronique en tension. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il démontre très bien la situation de pénurie qui est celle de l’électronique actuellement en termes de compétences métier.

Crédit illustration : Khonexio

David Hourdebaigt – Un bon graphique vaut mieux qu’un long discours. Sur ce graphique, on s’aperçoit que, sur les 24 compétences métier qui sont répertoriées dans l’étude 2022, treize, soit plus de la moitié, sont en tension, même s’il y a des niveaux de tension plus ou moins élevés. Ce qui est vraiment beaucoup. Et d’ailleurs, nous le constatons tous les jours au niveau de notre cabinet de recrutement, avec des sociétés qui font appel à nous car ils n’arrivent pas à recruter, en particulier les candidats avec des compétences en électronique de puissance, en analogique et en RF. On récolte ici les mauvaises politiques de formation que l’on a semées il y a cinq ou dix ans avec des écoles qui ont préféré privilégier la gestion de projet et le logiciel au détriment des véritables disciplines de l’électronique. Aujourd’hui, il est plus difficile de trouver quelqu’un qui fait du placement et du routage de composants qu’un directeur R&D.

Y a t-il une prise de conscience de cette situation au niveau des formations en électronique ?

David Hourdebaigt – J’en doute, malheureusement. Car les nouvelles formations ne reviennent toujours pas aux fondamentaux de l’électronique et préfèrent s’orienter aujourd’hui vers les “nouveaux métiers”, notamment par exemple la cybersécurité. On ne compte plus les écoles d’ingénieurs qui proposent des spécialités en cybersécurité, qui est certes un secteur porteur, mais qui ne résout en rien le problème de pénurie de vrais électroniciens. Et si rien n’est fait, dans cinq ans, nous aurons réellement de gros problèmes.

Propos recueillis par Pascal Coutance

Retrouvez l’intégralité de l’étude en cliquant sur le compte LinkedIn de Khonexio ou sur la page spéciale de ViPress.

 

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