L’Europe prépare son intercepteur antimissile exo-atmosphérique
Airbus, Destinus, MBDA Deutschland, Safran Electronics & Defense et Thales lancent le consortium Bliksem EXO pour développer un intercepteur exo-atmosphérique européen contre les missiles balistiques de portée moyenne et intermédiaire. Un premier test spatial de l’EKV est envisagé dès 2027.
Cinq grands industriels européens de la défense, à savoir Airbus Defence and Space, Destinus, MBDADeutschland, Safran Electronics & Defense et Thales, ont signé, mi juillet, à Paris, une lettre d’intention visant à créer le consortium Bliksem EXO. Ce partenariat ambitionne le développement, la qualification, la production et le soutien d’un système européen souverain d’interception exo-atmosphérique destiné à compléter les capacités antimissiles existantes du continent.
Bliksem EXO doit répondre aux menaces constituées par les missiles balistiques de portée moyenne (MRBM) et intermédiaire (IRBM), notamment les systèmes de classe Oreshnik équipés de véhicules de rentrée séparateurs et manœuvrants. Le système est destiné à intervenir dans la couche supérieure de la défense antimissile, au-dessus de l’atmosphère, pendant la phase intermédiaire du vol. Il reposera sur le principe « hit-to-kill », qui consiste à détruire la cible par impact cinétique direct, sans utiliser d’ogive explosive.
Le programme vise ainsi à compléter les systèmes de défense opérant dans l’atmosphère et à constituer, avec eux, une architecture européenne de défense antimissile en plusieurs couches. Bliksem EXO doit notamment renforcer l’Initiative européenne du Bouclier Céleste (ESSI) en apportant une capacité de protection de la couche supérieure qui n’est actuellement pas couverte. Son architecture est également conçue pour être pleinement interopérable avec le système de défense aérienne et antimissile intégrée (IAMD) de l’OTAN.

© Safran
« L’Europe dispose de solides défenses antimissiles pour la couche inférieure, mais elle manque encore d’une couche supérieure souveraine contre les missiles balistiques à portée moyenne et intermédiaire. Bliksem EXO est conçu pour combler cet écart par interception directe ‘hit-to-kill’ au-dessus de l’atmosphère. Les travaux conjoints d’ingénierie commenceront en août 2026 et nous avons l’intention de tester le véhicule d’élimination exo-atmosphérique dans l’espace dès 2027 », annonce Mikhaïl Kokorich, directeur général de Destinus, la société qui dirige le consortium Bliksem EXO.
Les cinq industriels se répartiront les principales responsabilités du programme. Outre la direction du consortium, Destinus assurera l’intégration des systèmes ainsi que le développement du véhicule d’élimination exo-atmosphérique (EKV). MBDA Deutschland prendra en charge le lanceur intercepteur, le lanceur et le canister. Safran Electronics & Defense développera l’autodirecteur de l’EKV ainsi que les fonctions de guidage, de navigation et de contrôle. Airbus Defence and Space sera responsable du commandement, du contrôle et de la gestion de bataille (BMC4I), tandis que Thales fournira la chaîne radar et capteur, de l’alerte précoce au contrôle de tir.
Le programme entend également tirer parti de l’expérience acquise par l’Ukraine face aux attaques aériennes et balistiques massives de la Russie. Cette expérience opérationnelle pourra contribuer à la conception, aux essais et à l’évaluation du système, dans le respect des règles de contrôle des exportations, des exigences de sécurité et des dispositions gouvernementales applicables.
Les industriels prévoient de conclure dans les trois mois un accord de consortium contraignant, précisant que la lettre d’intention signée mi-juillet ne crée, à ce stade, aucune obligation de financer, fournir ou acquérir le système. La poursuite du programme restera notamment conditionnée aux réglementations européennes et nationales, aux contrôles des exportations, aux exigences de sécurité, aux accords de propriété intellectuelle et aux procédures gouvernementales.


