Pékin cible 14 entreprises européennes, dont Rheinmetall et le Français III-V Lab
La Chine a ajouté 14 entreprises de l’UE à sa liste de contrôle des exportations, en réaction directe au 21e train de sanctions européennes contre la Russie, qui cible plusieurs entreprises chinoises suspectées d’aider l’effort de guerre russe. Trois entreprises françaises sont concernées par la décision de Pékin : III-V Lab, Cavok UAS et InPACT.
L’information est un peu passé sous les radars cet été, mais le ministère chinois du Commerce a publié un communiqué de presse, le 24 juillet 2026, annonçant l’ajout de 14 entités européennes, dont trois entreprises françaises, à sa liste de contrôle des exportations. Cette décision est intervenue au lendemain de l’adoption par l’Union européenne de son 21e paquet de sanctions contre la Russie, qui avait notamment inscrit sur sa propre liste de sanctions 14 entreprises de Chine continentale et de Hong Kong accusées d’aider l’effort de guerre russe.
Pékin présente explicitement cette mesure comme une réponse à la décision européenne. Les entreprises concernées sont réparties dans huit États membres (Allemagne, Bulgarie, France, Italie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne et République tchèque) et sont principalement orientées vers les secteurs de la défense, des technologies à double usage (civil et militaire), de la photonique, des systèmes infrarouges, des lasers et des matériaux spéciaux.
Parmi les entreprises visées figure notamment l’Allemand Rheinmetall, l’un des principaux groupes européens de défense. Trois sociétés françaises sont également ciblées : III-V Lab, laboratoire commun de Thales, Nokia Bell Labs et CEA-Leti spécialisé dans les semi-conducteurs composés et leur intégration avec le silicium, Cavok UAS, concepteur et fabricant de drones professionnels basé dans la Marne, et InPACT, entreprise savoyarde spécialisée dans les substrats en phosphure d’indium (InP) destinés notamment aux lasers, VCSEL et photodiodes.

© III-V Lab
Concrètement, les exportateurs chinois ne peuvent plus fournir de biens à double usage (civil et militaire) aux 14 entités désignées. Les activités concernées doivent cesser immédiatement, tandis que toute exportation jugée indispensable devra faire l’objet d’une demande spécifique auprès du ministère chinois du Commerce.
La portée de la mesure dépasse toutefois les seuls fournisseurs chinois. Pékin précise en effet que les organisations et personnes étrangères ne peuvent pas non plus transférer ou fournir aux 14 entreprises ciblées des biens à double usage originaires de Chine. La restriction peut donc affecter des filiales européennes ou des distributeurs situés dans des pays tiers qui réexporteraient les produits chinois concernés vers les 14 sociétés inscrites sur la liste.
Au-delà de son impact immédiat sur les sociétés visées, cette décision illustre une nouvelle fois l’utilisation croissante par Pékin des restrictions sur les exportations de technologies et de matériaux critiques comme instrument de politique commerciale et géopolitique. Elle souligne également la vulnérabilité persistante des chaînes d’approvisionnement européennes dans les semi-conducteurs composés, la photonique et les technologies de défense.
Le cas de III-V Lab illustre particulièrement les enjeux pour l’industrie électronique européenne. Le laboratoire travaille notamment sur l’épitaxie de l’arséniure de gallium, du phosphure d’indium et du nitrure de gallium, ainsi que sur les composants associés. Ces activités l’exposent à plusieurs matériaux critiques, notamment le gallium et l’indium, dont la Chine est un important producteur. Idem pour InPACT. Pour Cavok UAS, le risque concerne davantage l’accès à certains composants électroniques chinois classés à double usage utilisés dans les drones.
Les trois entreprises n’ont pas communiqué sur le sujet. Sans provoquer nécessairement de rupture immédiate, ce qui est sûr, c’est que la décision chinoise renforce la nécessité pour ces trois entreprises françaises de diversifier leurs approvisionnements afin de réduire leur dépendance à la Chine.
Précisons enfin que le groupe Rheinmetall a réagi auprès de la presse économique, précisant que « ces restrictions ne devraient pas affecter de manière significative les opérations mondiales du groupe.«


