Nvidia a franchi le Rubicon annonçant dimanche la conclusion d’un accord pour racheter ARM au groupe japonais Softbank, dans une transaction de 40 milliards de dollars qui mêle numéraire et actions. Le groupe américain veut ainsi créer la première entreprise informatique à l’ère de l’intelligence artificielle.

Nvidia se donne 18 mois pour obtenir les autorisations nécessaires du Royaume-Uni, de la Chine, de l’Union européenne et des États-Unis pour boucler l’opération. Il faudra également convaincre les nombreux licenciés d’ARM de la neutralité bienveillante de Nvidia, qui est pour certains un concurrent dans plusieurs domaines.

Nvidia compte associer son leadership en matière d’intelligence artificielle au vaste écosystème d’ARM pour stimuler l’innovation pour tous les clients. L’Américain promet de poursuivra le modèle de licence ouverte d’ARM, en respectant la neutralité vis-à-vis des tout en élargissant le portefeuille de licences IP d’ARM avec la technologie Nvidia.

« Simon Segars et son équipe ont bâti une entreprise extraordinaire qui contribue à presque tous les marchés technologiques du monde. En associant les capacités de calcul IA de Nvidia au vaste écosystème de CPU d’ARM, nous pouvons faire progresser l’informatique du cloud à la périphérie du réseau, des smartphones, des PC, des voitures autonomes et de la robotique, et de l’IoT, et étendre l’informatique avec intelligence artificielle à tous les coins du globe. Cette combinaison présente d’énormes avantages pour les entreprises, nos clients et l’industrie. Pour l’écosystème d’ARM, cette combinaison dynamisera la capacité de R&D d’ARM et étendra son portefeuille de blocs d’IP avec la technologie GPU et IA de pointe de Nvidia », promet Jensen Huang, fondateur et CEO de Nvidia.

Nvidia consacre 24% de son chiffre d’affaires à la R&D, soit 3,2 milliards de dollars au cours de 12 derniers mois, à comparer à 500 M$ pour ARM. 2 millions de développeurs dans le monde utilisent aujourd’hui la technologie de Nvidia, un chiffre qui grimpera à 15 millions avec les 13 millions de développeurs qui font appel à la technologie d’ARM.

Un marché adressable de 250 milliards de dollars

Le nouvel ensemble veut se rendre indispensable sur un marché adressable de 250 milliards de dollars à l’horizon 2023, positionné à la fois sur une offre de technologies pour les terminaux (PC, smartphones, consoles de jeux, cartes graphiques, stations de travail) représentant une opportunité de marché de 95 milliards de dollars, sur une offre à destination des centres de données (un marché de 80 milliards) et enfin pour tout ce qui touche l’automobile, l’industriel, l’IoT, etc. (un marché adressable de 75 milliards de dollars).

ARM a des revenus annuels de l’ordre de 1,8 milliard de dollars et compte plus de 1765 licenciés dans tous les domaines. Ses clients ont jusqu’à aujourd’hui livré 180 milliards de puces dont 22,8 milliards pour la seule année 2019.

De son côté, Nvidia, qui a inventé le concept de processeur graphique (GPU) en 1999, s’est développé sur le marché des cartes graphique et du calcul parallèle avant d’embrasser plus récemment le marché des plateformes informatiques dopées à l’intelligence artificielle et au machine learning pour piloter les ordinateurs, les robots et les voitures autonomes. Nvidia a enregistré une croissance impressionnante (+40% au 1er semestre), faisant son entrée à la huitième place dans le Top10 des fabricants de semiconducteurs au 1er semestre, selon le classement d’IC Insights (voir notre article). Pour son deuxième trimestre fiscal clos le 26 juillet, Nvidia a réalisé un chiffre d’affaires de 3,87 milliards de dollars, en progression de 50% sur un an et de 26% par rapport au trimestre précédent.

La transaction de 40 milliards de dollars proposée par Nvidia englobe 21,5 milliards en actions Nvidia, 12 milliards en numéraire dont 2 milliards à la signature de l’accord avec Softbank, 1,5 milliard sous forme d’actions données aux employés d’ARM et enfin 5 milliards de dollars sous forme de cash ou d’actions versés en fonction d’atteinte d’objectifs commerciaux. SoftBank restera ainsi attaché au succès à long terme d’ARM grâce à sa participation dans Nvidia, qui devrait être inférieure à 10%.

Pour faire bonne figure auprès des Britanniques, Nvidia a réaffirmé l’identité britannique d’ARM. « ARM restera basé à Cambridge. Nous allons développer ce site formidable et construire un centre de recherche sur l’IA de classe mondiale, soutenant les développements dans les domaines de la santé, des sciences de la vie, de la robotique, des voitures autonomes et d’autres domaines. Et, pour attirer des chercheurs et des scientifiques du Royaume-Uni et du monde entier pour mener des travaux révolutionnaires, Nvidia construira un supercalculateur d’IA de pointe, alimenté par des processeurs ARM. ARM Cambridge sera un centre technologique de classe mondiale », a insisté Jensen Huang, fondateur et CEO de Nvidia.

Ainsi, SoftBank et Arm s’engagent à respecter les engagements pris par SoftBank lors de l’acquisition d’ARM en 2016, qui devraient s’achever en septembre 2021. Suite à la conclusion de la transaction, Nvidia entend conserver le nom et la forte identité de marque d’ARM et se développer sa base à Cambridge. La propriété intellectuelle d’ARM restera enregistrée au Royaume-Uni, martèle Nvidia.

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