Réseaux hybrides : la nouvelle arme des communications militaires, selon Thales
L’intégration des réseaux civils aux infrastructures de défense transforme les communications militaires, offrant plus de capacité, de flexibilité et de discrétion face à l’explosion des besoins en données sur le champ de bataille.
Le champ de bataille moderne est devenu un environnement massivement connecté. Drones, capteurs, véhicules, soldats, tous génèrent et échangent des données en permanence, faisant de la maîtrise des flux d’information un facteur décisif de supériorité opérationnelle. L’essor de l’IA amplifie encore cette dynamique, en exigeant des volumes de données toujours plus importants, disponibles en temps réel, pour alimenter des systèmes de décision de plus en plus automatisés.
Face à cette pression, les réseaux de communication militaires traditionnels, robustes mais conçus pour d’autres contraintes, montrent leurs limites, selon Thales. Alex Bottero, vice-président des activités Systèmes de réseaux et d’infrastructures de l’équipementier, en dresse le constat : « La bande passante des réseaux militaires atteint ses limites pour absorber l’augmentation exponentielle du volume de données. La solution consiste à intégrer les capacités des opérateurs commerciaux aux réseaux de défense, afin d’augmenter les performances sans compromettre la résilience, la sécurité et la simplicité d’usage sur le terrain. »

© Christopher Ison / Thales
Le conflit en Ukraine a d’ailleurs fourni une démonstration grandeur nature de l’apport des infrastructures commerciales en situation opérationnelle. Les réseaux mobiles 4G/5G et les satellites en orbite basse, disponibles à quelques dizaines de kilomètres du front, ont constitué un appui complémentaire précieux pour les forces armées, y compris pour des opérations à longue portée. « Les drones ukrainiens [qui ont opéré à des milliers de kilomètres de leur base pour frapper des avions russes en juin 2025, ndlr] se sont appuyés sur des réseaux commerciaux « , rappelle Alex Bottero.
L’enjeu n’est bien évidemment pas de remplacer les réseaux militaires par des infrastructures civiles, mais de les combiner intelligemment. « Selon la situation tactique, nos solutions permettent de basculer, en fonction du besoin (débit, discrétion, résistance au brouillage…), entre les réseaux opérateurs disponibles et les réseaux privés déployés par les forces », explique Alex Bottero. Mais pour cela, « nous avons du adapter nos solutions et innovations issues des réseaux mobiles commerciaux aux contraintes spécifiques des opérations militaires », précise Eva Rudin, vice-présidente de la division Solutions de connectivité mobile de Thales.
L’eSIM, pivot de la flexibilité opérationnelle
La technologie eSIM (version dématérialisée de la carte SIM) joue un rôle central dans cette architecture. Elle permet de reconfigurer à distance des milliers d’équipements en quelques secondes, sans intervention physique. « Gérer la logistique des cartes SIM est un casse-tête gigantesque pour les forces armées, souligne Eva Rudin. Avec notre solution Drakon Instant Connect, nous pouvons télécharger instantanément un nouveau profil opérateur, sans manipulation physique préalable. »
Pour Alex Bottero, c’est là que réside la rupture technologique : « Nous rendons la 4G/5G réellement opérationnelle au niveau tactique. » Il précise que cette technologie a également vocation à s’intégrer aux futurs réseaux satellitaires en orbite basse dans le cadre de la 5G non terrestre (NTN), notamment via le programme européen IRIS².

© Thales
Discrétion et sécurité opérationnelle
Au-delà de la connectivité, les réseaux commerciaux offrent un avantage opérationnel souvent sous-estimé : la discrétion. « Sur un réseau public, nos technologies permettent de ne pas distinguer un soldat d’un civil. En milieu urbain, on peut se fondre dans la masse », explique Eva Rudin. Et la sécurité des données est garantie en amont, indépendamment du réseau emprunté : « En pratique, les réseaux commerciaux servent de tuyaux : la sécurité est assurée en amont », précise Alex Bottero.
Thales a par ailleurs développé une solution brevetée permettant de modifier régulièrement l’identité numérique des équipements connectés pour déjouer les dispositifs de surveillance adverses. « Grâce à l’eSIM et une solution innovante brevetée par Thales, on a la capacité de changer d’identifiant à tout moment et donc de limiter la détection des équipes en opération », détaille Eva Rudin. La gestion des accès est complétée par les certificats DCS (Data Centric Security), qui permettent de définir précisément qui accède à quelle information et à quel moment, marquant ainsi un glissement vers une sécurité centrée sur la donnée elle-même, et non plus sur les seules infrastructures.
Validation par l’OTAN
L’approche de Thales a été validée sur le terrain lors du programme DiBaX (Digital Backbone Exercise) de l’OTAN, conduit à Riga, en Lettonie, sous l’égide de l’Allied Command Transformation. Thales y a démontré sa capacité à faire converger des réseaux hétérogènes (flux IP, radiofréquences tactiques, accès mobiles) et à y intégrer des systèmes autonomes tels que drones, robots et capteurs. Ces travaux ont valu au groupe un Excellence Award de la Science and Technology Organization (STO) de l’OTAN pour ses contributions à l’intégration de la 5G dans les standards de l’Alliance, ouvrant la voie à de nouveaux programmes de modernisation des forces alliées.


