Coup de théâtre hier : l’assemblée générale des actionnaires de Qualcomm qui devait se tenir aujourd’hui a été reportée au 5 avril, le temps que le CFIUS (Committee on Foreign Investment in the United States) puisse pleinement enquêter sur la proposition de rachat de Broadcom sur Qualcomm. Les actionnaires de Qualcomm devront encore patienter un mois avant de trancher.

La plus grande opération de fusion-acquisition de l’industrie des semiconducteurs devient éminemment politique. Broadcom, dont les centres de décision sont aux Etats-Unis, mais dont  la domiciliation est factuellement à Singapour, avait annoncé début novembre 2017 le rapatriement de son siège aux Etats-Unis. Le groupe dirigé par Hock E. Tan a son quartier général à Singapour, mais Broadcom Limited voulait « redevenir » une entreprise de droit américain. « Nous croyons que les Etats-Unis représentent le meilleur endroit pour Broadcom de créer de la valeur pour ses actionnaires », avait alors déclaré son p-dg en présence de Donald Trump, dans le cadre de la réforme sur l’imposition des sociétés voulue par le président américain. L’idylle entre les deux hommes semble terminée.

Broadcom accuse aujourd’hui Qualcomm de vouloir jouer la montre et de ne pas l’avoir prévenu lors de leurs deux rencontres d’une demande secrète effectuée par Qualcomm auprès du CFIUS le 29 janvier dernier. Broadcom n’en a été informé que dimanche soit dernier. Qualcomm rétorque de Broadcom a pris langue avec le CFIUS depuis plusieurs semaines… Qui croire ?

Qu’importe : Qualcomm dispose d’un mois supplémentaire pour convaincre ses actionnaires du bien-fondé de sa stratégie. De son côté, Broadcom tentera de convaincre les actionnaires de Qualcomm de voter pour ses représentants pour prendre le contrôle du conseil d’administration de sa cible.

La question sera de voir entre temps comment évolue le projet de Qualcomm de racheter NXP. Il ne reste plus à l’Américain que d’obtenir l’autorisation de la Chine pour lancer son offre révisée à la hausse. Ce qui place la Chine en position de force pour influer sur le dossier. En déplaçant l’opération sur le terrain politique, les protagonistes ont peut-être ouvert un nouveau front.