Pour la première fois en France, une locomotive a circulé en autonomie partielle, dans des conditions d’exploitation réelles, avec des fonctions d’accélération et de freinage 100% automatisées. Cet essai, réalisé le 29 octobre, marque une étape clé dans le projet Train Autonome. Cette même semaine, le gouvernement a également annoncé la publication de la stratégie nationale 2020-2022 pour développer les véhicules autonomes.

Le consortium composé de Alstom, Altran (une société du groupe Capgemini), Apsys, Hitachi Rail, Railenium et SNCF a réalisé l’ensemble des étapes ayant permis cet essai, de la conception à la description des systèmes informatiques, en passant par les câblages ou la programmation des logiciels.

Deux ans après le lancement en 2018 de ce consortium dédié au développement d’un prototype de train autonome, une locomotive Prima BB 27000 a circulé en autonomie partielle sur le réseau ferré national entre Longwy et Longuyon, dans l’Est de la France, sur une ligne équipée du système de signalisation européenne ERTMS, sous la surveillance d’un conducteur.

La prochaine étape clé du projet sera la circulation, fin 2021, d’un train avec le même niveau d’autonomie partielle sur une ligne équipée de signalisation latérale – la signalisation en vigueur avant le déploiement de la signalisation européenne ERTMS – sans aucune modification de l’infrastructure. Cette étape permettra à la SNCF et ses partenaires de maîtriser l’ensemble des possibilités de circulation en autonomie partielle, quel que soit le système de signalisation.

En parallèle, les travaux d’ingénierie se poursuivent pour développer les différentes fonctions nécessaires à l’autonomie complète telles que la détection d’obstacles et la surveillance de l’environnement. Douze sessions d’essais sont programmées et devront permettre d’ajouter progressivement les fonctions nécessaires pour augmenter le niveau d’autonomie.

Ces étapes mèneront ensuite le consortium vers son objectif final : faire circuler un prototype en autonomie complète en 2023.

« Notre projet commun vient de franchir une étape clé, dans le respect du calendrier annoncé. C’est un succès. Les recherches et essais menés avec nos partenaires pendant ces deux années nous ont permis d’avancer rapidement vers le train autonome et nous levons un à un les obstacles techniques », se félicite Luc Laroche, directeur du projet Train Autonome chez SNCF.

« En tant que leader technique du projet, Alstom est particulièrement fière d’avoir contribué à franchir une nouvelle étape de la conduite autonome en France. Ce projet est une opportunité majeure pour Alstom de valoriser ses compétences et ses innovations dans le domaine des automatismes ferroviaires et du transport autonome afin de développer son leadership autour de nouvelles mobilités autonomes et digitales », ajoute Jean-Baptiste Eyméoud, Président Alstom France.

Publication de la stratégie nationale de développement de la mobilité routière automatisée 2020-2022

Cette même semaine, lors du Comité ministériel du développement et de l’innovation des transports (CMDIT), Jean-Baptiste Djebbari et Agnès Pannier-Runacher ont également rendu publique la stratégie de développement de la mobilité routière automatisée. Elle fait suite à la stratégie consacrée au véhicule automatisé publiée en mai 2018 et animée par Anne-Marie Idrac, haute responsable pour la stratégie de développement du véhicule autonome.

Comme celle de 2018, la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement de la mobilité routière automatisée 2020-2022 associera l’écosystème réuni au sein de France Véhicules Autonomes, appelé à s’élargir aux nouveaux secteurs, notamment dans le domaine de la route, de la logistique et des communications.

« Cette stratégie vise à finaliser la mise au point des règles permettant les circulations sans conducteur à bord dans certains cas d’usages sécurisés et supervisés, financer des démonstrateurs en vraie grandeur, mieux prendre en compte les sujets de connectivité physique et numérique, accompagner les évolutions des services logistiques et assurer encore mieux l’intégration de notre stratégie nationale dans son contexte européen », souligne Anne-Marie Idrac.

A ce jour, plus de 120 expérimentations ont été autorisées ; un programme national de 120 millions d’euros, bénéficiant d’un soutien public de 42 millions d’euros a été lancé en 2019 ; le décret permettant des expérimentations sans opérateur à bord a été publié le 2 décembre 2020. En termes de régulation nationale, la Loi d’orientation des mobilités du 24 décembre 2019 a posé le cadre législatif permettant la circulation de véhicules hautement automatisés, au-delà du régime d’expérimentations, grâce à un régime de responsabilité et des exigences de sécurité spécifiques. Un nouvel agenda stratégique européen a été adopté le 9 décembre 2020, qui prévoit notamment d’adapter le cadre juridique sur l’approbation des véhicules automatisés, et de soutenir la  recherche et l’innovation, avec la mise en place d’un partenariat public-privé (CCAM partnership).

Compte-tenu de ces acquis et de la feuille de route de déploiement des services pour la période 2021 – 2030, présentée, pour la filière France Véhicules Autonomes par Luc Chatel, président de la Filière automobile et mobilités (PFA), la stratégie 2020 vise à faire de la France le lieu privilégié en Europe de déploiement de services de mobilité routière automatisés entre 2022 et 2025.

Une trentaine d’actions sont prévues, qui visent notamment à intensifier les travaux sur la validation de sécurité, en y intégrant la supervision et l’opération à distance et la connectivité, ainsi qu’à soutenir, via le programme d’investissements d’avenir, le déploiement de pilotes de services, permettant d’éprouver les modèles économiques et les conditions de leur exploitation.

Le soutien à l’innovation sera ainsi renforcé et élargi, pour tenir compte de la maturation des cas d’usages, de l’importance croissante de la connectivité et de l’apport de l’infrastructure, et du besoin d’approfondir les modèles économiques. Il s’agit notamment d’accompagner le passage à l’échelle de services, ce qui nécessite de tenir compte de phases de progressivité (vitesse réduite, environnements restreints) et du développement des nouvelles briques, liées notamment à la vision augmentée, la supervision et la connectivité.

Face à ce besoin de soutien public (estimé à 300 millions d’Euros sur la durée du programme d’investissements d’avenir – 2021-2025), les outils devront permettre d’adresser des projets de recherche ou de prototype, des expérimentations, des pilotes de services, des évaluations d’impacts, et des prises de participation dans des opérations de création d’actifs liés principalement aux données et à leur exploitation, souligne le document.

Stratégie nationale de développement de la mobilité routière automatisée 2020-2022