Verkor se fait remonter les bretelles par Renault
Confronté à des retards de production et à une compétitivité jugée insuffisante, Verkor essuie les critiques publiques de Renault, son principal client et actionnaire. Le constructeur réclame un redressement industriel rapide et une gouvernance renforcée.
Il y a deux mois, Verkor annonçait avoir franchi une étape majeure de son développement industriel avec l’aboutissement des phases de mise en service et d’optimisation de sa gigafactory de cellules de batteries de Dunkerque, inaugurée fin 2025, ouvrant la voie à un démarrage imminent de la production en série. Parallèlement, la start-up française consolidait sa gouvernance avec la nomination de Jacques Esculier à la présidence de son conseil de surveillance.
Mais visiblement, cela n’a pas suffi à apaiser l’agacement du groupe Renault, actionnaire de Verkor et surtout son seul client à ce jour. Au point que le constructeur automobile vient d’adresser une mise en garde publique au fabricant de cellules de batteries, estimant que les performances industrielles de ce dernier ne répondent pas à ses attentes.

© Verkor
Dans une déclaration à l’AFP, Renault affirme que les retards accumulés par Verkor atteignent environ 18 mois et que sa compétitivité s’est fortement dégradée par rapport à celle d’autres producteurs de cellules de batteries implantés en Europe. Tout en réaffirmant son engagement de long terme auprès de l’entreprise, le constructeur automobile souligne qu’il doit également respecter ses propres contraintes économiques.
Ces difficultés ont déjà eu des conséquences concrètes. Renault a ainsi décidé de ne pas retenir Verkor pour fournir les batteries de son futur utilitaire Master électrique. Quant aux programmes déjà attribués à la jeune entreprise, notamment l’Alpine A390, une partie des Scenic électriques et le FlexEVan, le constructeur automobile explique avoir dû se tourner vers le sud-coréen LG pour compenser les retards de livraison. Bien que basée sur des cellules de batteries produites en Europe, cette solution alternative aurait généré des coûts supplémentaires pour Renault.
Le groupe demande désormais à Verkor de présenter « une feuille de route crédible et une gouvernance crédible », tout en tenant compte du préjudice subi par le constructeur. L’entreprise estime également que Verkor doit démontrer sa capacité à « redresser sa trajectoire industrielle » afin de retrouver un niveau de performance compatible avec les attentes du marché.
Cette situation rappelle les difficultés rencontrées par d’autres projets industriels du secteur. ACC (Automotive Cells Company), la coentreprise réunissant Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies, a également été confrontée à des retards de montée en cadence et a récemment renouvelé sa direction avec la nomination au poste de directeur général d’Allan Swan, un ténor des batteries provenant de chez Panasonic Energy USA, pour accélérer son développement industriel.
Dans ce contexte tendu, la France négocie avec Bruxelles le déblocage de nouveaux financements pour soutenir ses gigafactories. Verkor et ACC pourraient ainsi bénéficier de prêts pouvant atteindre 500 millions d’euros.


