La Corée du Sud mise 578 Md$ sur les puces IA !
Samsung et SK hynix vont construire quatre nouvelles usines dans le sud-ouest du pays dans le cadre d’un plan présenté comme un « grand bond en avant » de la Corée du Sud pour dominer le marché mondial des semi-conducteurs, notamment des mémoires HBM. Seoul prévoit également de doubler sa production de Dram d’ici cinq ans en accélérant les projets d’extension en cours.
La Corée du Sud a dévoilé hier une stratégie industrielle d’une ampleur inédite : plus de 578 milliards de dollars vont être investis dans les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle afin d’asseoir la domination mondiale du pays sur ce secteur tout en rééquilibrant son développement économique hors de la zone métropolitaine de Séoul. Le président du pays, Lee Jae Myung, a présenté ce plan comme un « grand bond en avant », articulé autour de trois axes : les semi-conducteurs, l’IA physique et et les centres de données. « Nous devons sécuriser les éléments clés de l’IA plus rapidement que n’importe quel autre pays », a-t-il déclaré.
Au cœur du dispositif, Samsung Electronics et SK Hynix investiront chacun dans deux nouveaux sites de fabrication dans le sud-ouest du pays, pour un total de 800 000 milliards de wons (525 milliards de dollars), selon le ministre de l’Industrie Kim Jung-kwan. La ville de Gwangju et la province du Jeolla du Sud y ajouteront leurs propres contributions, tandis que 81 000 milliards de wons (53 Md$) supplémentaires financeront un pôle d’encapsulation de puces dans la région de Chungcheong. Lee Jae Myung a justifié ce choix géographique par la saturation des sites historiques de Yongin et Pyeongtaek, et par les ressources énergétiques abondantes mais sous-exploitées du sud-ouest du pays.

© Samsung Electronics
Cette diversification territoriale suscite cependant des réserves chez certains experts. Lee Jong-ho, professeur au département de génie électrique et informatique de l’Université nationale de Séoul, s’interroge sur le rythme de l’opération : « Exécuter un projet d’une telle ampleur nécessite une réflexion extraordinaire. Je suis certain qu’il y a eu un examen interne approfondi, mais de l’extérieur, cela semble encore aller trop vite », a déclaré Lee Jong-ho, cité par Reuters. Le professeur pointe également le risque d’un effet boomerang si la demande venait à fléchir dans les années après des années d’investissements massifs. Avec un tel investissement, « l’idéal serait que la demande reste forte pendant les 20 ou 30 prochaines années, mais personne ne peut l’affirmer avec certitude. Si la demande venait à baisser, les conséquences pourraient être graves », prévient-il.
La position de la Corée du Sud repose largement sur la domination de Samsung et SK Hynix dans les puces mémoire à large bande passante (HBM), composants devenus indispensables aux processeurs d’IA les plus avancés. Le pays prévoit également de doubler sa production de Dram d’ici cinq ans, en accélérant la construction de nouvelles usines dans la région de Séoul dans les prochaines années.
Le plan ne se limite pas aux semi-conducteurs. Le gouvernement sud-coréen a également annoncé un investissement de 550 000 milliards de wons (360 Md$) dans les centres de données d’IA d’ici 2029, et environ le double d’ici 2035, avec une volonté de décentralisation des infrastructures. Séoul prévoit également un pôle dédié à la robotique et aux composants à Saemangeum, sur la côte ouest, où Hyundai Motor a déjà investi, afin de rivaliser avec la Chine en matière de robotique humanoïde.
Le plan de Seoul intervient alors que Samsung, SK hynix, mais également l’Américain Micron (qui ont représenté à eux trois 89% du marché mondial des Dram au premier trimestre 2026, selon Counterpoint) sont accusés, auprès d’un tribunal fédéral de Californie, d’avoir volontairement limité l’offre en Dram afin de faire grimper les prix. Selon la plainte, les tarifs de la mémoire auraient augmenté d’environ 700% en quatre ans. Quoi qu’il en soit, la baisse des prix des Dram n’est pas à l’ordre du jour à court et même à moyen terme, compte tenu des délais de mises en œuvre des futures unités de production annoncées par gouvernement sud-coréen. Selon TrandForce, plusieurs experts évoquent 2028, voire 2030 dans le cas de Lenovo, comme échéance pour une stabilisation des prix qui resteront à un niveau élevé, avec peu de chance d’un retour à des tarifs équivalents à ceux de début 2025.


