Le conflit au Moyen-Orient menace l’approvisionnement mondial en semiconducteurs
La guerre dans le Golfe pourrait perturber l’accès à des matériaux critiques comme l’hélium, essentiels à la fabrication des puces, et provoquer une hausse des prix dans toute l’industrie des semiconducteurs.
Après la pénurie de semiconducteurs qui a fortement impacté l’industrie automobile au sortir de la pandémie, l’industrie des puces pourrait à nouveau subir une crise importante à cause du conflit qui oppose les Etats-Unis et Israël à l’Iran depuis le 28 février 2026. Après l’approvisionnement en pétrole, le conflit pourrait désormais affecter directement la production de puces électroniques en perturbant l’approvisionnement en matériaux stratégiques pour la fabrication des semiconducteurs et en augmentant les coûts énergétiques, suite à l’arrêt du trafic maritime dans certaines zones du Golfe, notamment autour du détroit d’Ormuz qui cristallise toutes les tensions.
L’un des principaux sujets d’inquiétude concerne l’hélium, un gaz indispensable à la fabrication des puces et utilisé à la fois pour créer des atmosphères inertes et pour refroidir certains équipements de production de puces, et pour lequel il n’existe pas de véritable alternative. Or, le Qatar est l’une des principales sources d’approvisionnement d’hélium avec 38% de la production mondiale.

© SK hynix
Selon Reuters, la Corée du Sud a déjà exprimé son inquiétude par rapport à une potentielle pénurie d’hélium en provenance du Moyen-Orient. Cela pourrait rapidement perturber la production de semiconducteurs dans le pays, et notamment de puces mémoires Dram et Nand dont la Corée du Sud est le principal fournisseur avec des acteurs tels que Samsung et SK hynix, qui sont les deux plus importants fabricants mondiaux de puces mémoires.
De quoi potentiellement impacter fortement la chaîne d’approvisionnement et casser la formidable dynamique commerciale de ces entreprises qui bénéficient depuis deux ans d’une manne liée au déploiement tout azimut des infrastructures d’IA qui exploitent de gros volumes de Dram et notamment de mémoires à large bande passante (HBM).
Reste à savoir de quels stocks d’hélium disposent les fabricants de gaz et les fabricants de semiconducteurs et s’ils pourront réorienter facilement ou non leur approvisionnement pour compenser le gros tiers de la production mondiale dont ils seraient privés si le conflit venait à se prolonger. Selon une note du Ministère de l’économie et des finances datée d’avril 2023, les Etats-Unis sont les premiers fournisseurs mondiaux d’hélium avec 47% de la production mondiale, plaçant le pays à l’écart de ces problèmes d’approvisonnement, devant le Qatar (38%) et très loin devant l’Algérie (6%), la Russie (3%) et l’Australie (3%).
La crise pourrait également avoir un impact indirect sur la demande mondiale de puces autour des centres de données d’IA. Amazon a par exemple indiqué que plusieurs de ses centres de données implantés dans le Golfe ont été endommagés par des frappes de drones, ce qui pourrait refroidir les ardeurs des champions de l’IA à poursuivre leurs investissements en infrastructures d’IA dans la région, en particulier aux Emirats Arabes Unis et à Bahreïn.
Bref, entre perturbations de la production et volatilité accrue de la demande, l’industrie des semiconducteurs redoute un scénario qui pourrait, à court terme, entraîner une hausse du prix des puces et accentuer les tensions déjà fortes sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, si le conflit venait à perdurer.


