Lundi 17 août, le Département du Commerce américain a annoncé un durcissement des mesures à l’encontre du Chinois Huawei et a ajouté 38 filiales du fabricant chinois à la liste des entités empêchées d’acheter des composants qui font appel à des technologies américaines. Pour l’Hexagone, cela concerne Huawei Cloud France et Huawei OpenLab Paris.

« Huawei et ses filiales étrangères ont intensifié leurs efforts pour obtenir des semiconducteurs avancés développés ou produits à partir de logiciels et de technologies américaines afin de remplir les objectifs politiques du Parti communiste chinois. Alors que nous avons limité son accès à la technologie américaine, Huawei et ses filiales ont travaillé par l’intermédiaire de tiers pour exploiter la technologie américaine d’une manière qui porte atteinte à la sécurité nationale et aux intérêts de la politique étrangère des États-Unis. Cette action à plusieurs volets démontre notre engagement continu à empêcher Huawei de le faire », a déclaré le secrétaire au Commerce Wilbur Ross pour justifier le durcissement des mesures à l’encontre du fabricant chinois.

La SIA, l’industrie américaine des fabricants de semiconducteurs, a réagi, déplorant cette stratégie qui pénalise ses membres.

« Ces larges restrictions sur les ventes de puces commerciales entraîneront une perturbation significative de l’industrie américaine des semiconducteurs. Nous sommes surpris et préoccupés par le changement soudain de l’administration de son soutien antérieur à une approche plus étroite visant à atteindre les objectifs déclarés de sécurité nationale tout en limitant les dommages aux entreprises américaines. Nous réaffirmons notre point de vue selon lequel les ventes de produits commerciaux non sensibles à la Chine stimulent la recherche et l’innovation en matière de semiconducteurs ici aux États-Unis, ce qui est essentiel à la force économique et à la sécurité nationale des États-Unis », a déclaré la SIA.

Ce durcissement des mesures devrait pénaliser tous les fabricants de puces qui commercent avec Huawei. On pense notamment à STMicroelectronics dont Huawei est l’un des dix plus gros clients. Le fabricant franco-italien fournit notamment à Huawei des capteurs de mesure de la distance en temps de vol pour les applications de mise au point automatique intégrées aux smartphones-phares du fabricant asiatique.

De son côté, le Taïwanais TSMC a déjà pris les devants. Lors de la présentation de ses résultats trimestriels le 16 juillet dernier, le premier fondeur mondial a annoncé ne plus prendre de nouvelles commandes pour des circuits avancés de la part de Huawei depuis le 15 mai (les dernières livraisons à Huawei interviendront le 14 septembre). TSMC souligne néanmoins que les circuits d’usage général de technologies moins avancées ne sont pas concernés par le diktat américain. Difficile d’y voir clair.

Une chose est sûre en tout cas : les interdictions d’approvisionnements de l’administration américaine n’ont pas empêché Huawei de devenir le 1er fabricant mondial de smartphones au 2e trimestre, dépassant pour la première fois le Coréen Samsung. Tous les cabinets d’études de marché s’accordent sur ce point. Selon Counterpoint Resarch, alors que le marché mondial du smartphone a enregistré le ralentissement le plus important de son histoire (-24 %) pour atteindre 271,4 millions d’unités au 2e trimestre, les livraisons de smartphones en Chine n’ont diminué que de 17 % en glissement annuel, c’est-à-dire une réduction moins drastique que dans le reste du monde, où le recul s’est chiffré à 28%. La croissance en glissement annuel de 11% enregistrée par Huawei en Chine a contribué au détrônement de Samsung. Omdia, dont nous publions ci-dessous le classement des principaux fabricants de smartphones, fait une analyse similaire.