Distribution électronique en Europe : une croissance forte, mais sous tension
Au premier trimestre 2026, le marché européen de la distribution de composants électroniques a progressé de 16,9% sur un an – porté par la demande industrielle et la hausse des prix – pour atteindre 4,63 milliards d’euros. Mais cette dynamique reste fragile, selon Dmass Europe, le continent restant exposé aux tensions géopolitiques et énergétiques et aux déséquilibres mondiaux liés à l’IA.
Le marché européen de la distribution de composants électroniques a enregistré une forte croissance au premier trimestre 2026, atteignant 4,63 milliards d’euros, soit une progression de 16,9% sur un an, selon les données publiées par Dmass Europe, une organisation qui représente environ 88% du marché européen. Après le léger rebond (+4,2% sur un an) observé au troisième trimestre 2025, puis la progression plus franche (+9,8% sur un an) enregistrée au dernier trimestre 2025, le marché européen de la distribution confirme ainsi son redressement, après une longue série de huit trimestres consécutifs de baisse sur un an. En variation séquentielle, le rebond est encore plus spectaculaire puisque le marché trimestriel a bondi de 22% par rapport au quatrième trimestre 2025 (voir illustration ci-dessous).

Au 1er trimestre 2026, le marché européen de la distribution de composants électroniques a augmenté de 16,9% sur un an pour atteindre 4,63 milliards d’euros. En séquentiel, la croissance est encore plus spectaculaire (+22%) – © Dmass Europe
Comme le montre le tableau suivant, la quasi-totalité des grandes économies industrielles européennes affiche des hausses à deux chiffres en variation annuelle, à l’image de l’Autriche (+22,4% sur un an), du Benelux (+21%), des pays nordiques (+19,8%), de l’Italie (+18,8%) et de l’Allemagne (+18,5%) qui se distinguent tout particulièrement. À l’opposé, l’Irlande (+4,6%) et certaines régions d’Europe du Sud progressent plus modestement. Quant à la France, elle a affiché une belle croissance (+12,3%), même si elle fait moins bien que la moyenne européenne. Aux extrêmes, on retrouve, d’un côté, la Turquie qui affiche une croissance exceptionnelle de 37,9% et s’impose comme une plateforme logistique et commerciale en plein essor dans un contexte géopolitique reconfiguré, et, de l’autre, la Russie qui reste à zéro du fait des sanctions qui bloquent l’intégralité des flux de composants.

Malgré une belle croissance de 12,3% sur un an, la France fait moins bien que la moyenne européenne (+16,9%) – © Dmass Europe
Les semi-conducteurs constituent le principal moteur de cette reprise, avec 2,84 milliards d’euros enregistrés au premier trimestre 2026, soit une progression de 18,2% sur un an. La mémoire constitue le segment le plus spectaculaire, avec une progression de 107,9% sur un an, directement alimentée par la demande mondiale en infrastructure d’IA, qui absorbe d’immenses volumes de mémoires HBM et génère des tensions sur les capacités ainsi que des hausses de prix sensibles dans la distribution européenne. Les composants discrets (+25,8%) et les capteurs et actionneurs (+17,8%) enregistrent également de bonnes performances, tandis que l’analogique (+10,1%) et la puissance (+2,3 %), fortement liés à l’automobile, progressent plus lentement. En revanche, la logique programmable (-5,3%) et la logique standard (-1,7%) restent pénalisées par des niveaux de stocks encore élevés (voir tableaux en bas de cet article).
Du côté des composants d’interconnexion, passifs et électromécaniques (IP&E), la progression est également soutenue (+14,8%), pour porter le marché à 1,79 milliard d’euros. La hausse est entraînée par les composants passifs (+16% à 633,6 M€) et les composants électromécaniques (+14,9% à 1,03 Md€), ces derniers bénéficiant notamment des projets d’automatisation et d’infrastructure industrielle (voir tableaux en bas de cet article).
Ces résultats positifs s’inscrivent toutefois dans un contexte de fragilités persistantes. « La dynamique positive amorcée à la fin de l’année dernière se poursuit, soutenue par des prix fermes, mais les inquiétudes concernant la disponibilité et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement se font de plus en plus sentir, souligne Hermann Reiter, président de Dmass Europe. La demande en Europe demeure étroitement liée aux applications industrielles, contrairement aux fortes hausses dues à l’IA observées aux États-Unis et en Asie, ce qui rend notre progression plus stable, mais aussi plus vulnérable aux chocs externes. »
De fait, l’Europe ne bénéficie pas du même effet d’entraînement lié à l’IA que ses concurrents américains et asiatiques : les impulsions les plus puissantes proviennent de l’extérieur du continent, exposant davantage le marché européen aux aléas géopolitiques, à la volatilité des prix de l’énergie et à l’évolution des flux commerciaux mondiaux, selon Dmass Europe. Hermann Reiter conclut néanmoins sur une note mesurément optimiste : « Le premier trimestre confirme un retour à la croissance généralisé et tangible en Europe […]. Il s’agit désormais de transformer cette dynamique renouvelée en progrès durables, en une plus grande résilience et en une position stratégique renforcée dans un écosystème mondial en pleine mutation. »

© Dmass Europe


