Wingtech attaque Nexperia en justice
En brandissant la loi chinoise contre les sanctions étrangères, la maison mère chinoise du fabricant de puces néerlandais réclame plus d’un milliard d’euros à Nexperia et à trois de ses administrateurs néerlandais.
Le conflit au sein du groupe Nexperia franchit un nouveau seuil. Dans un communiqué publié samedi 23 mai, Wingtech, maison mère chinoise du fabricant de semi-conducteurs néerlandais, a déposé devant un tribunal en Chine une demande de dommages et intérêts de 8 milliards de renminbi (un peu plus d’un milliard d’euros) à l’encontre de Nexperia et de trois de ses administrateurs européens.

© Nexperia
Le différend remonte à octobre dernier, lorsque ces trois dirigeants ont saisi la Chambre d’entreprise néerlandaise pour faire suspendre le Pdg de Nexperia, Zhang Xuezheng, accusé de mauvaise gestion. Depuis, Nexperia, qui fabrique ses wafers en Europe mais encapsule ses puces en Chine, s’est de facto scindée en deux entités fonctionnant de manière largement indépendante, Wingtech ayant perdu le contrôle effectif de sa branche européenne.
Fin septembre 2025, le ministre intérimaire néerlandais de l’Économie Vincent Karremans est intervenu par une loi d’urgence gelant la situation et limitant l’influence de Wingtech. La réaction de Pékin avait alors été immédiate, Wingtech ayant repris la main sur l’usine chinoise de Nexperia, tandis que le gouvernement chinois suspendait les exportations de puces, provoquant de sérieuses tensions d’approvisionnement dans le secteur automobile.
Dans sa plainte, Wingtech accuse la direction européenne de Nexperia d’avoir « activement mis en œuvre ou aidé à la mise en œuvre » de mesures restrictives jugées « discriminatoires » ayant causé des dommages « irréparables et substantiels ». L’entreprise fonde sa démarche sur la loi chinoise anti-sanctions étrangères, qui autorise Pékin à interdire à des entreprises et des particuliers de se conformer à des sanctions étrangères qu’elle juge illégitimes, transformant ainsi un conflit de gouvernance interne en instrument de pression géopolitique.
De son côté, dans un communiqué publié dans la foulée de l’annonce de Wingtech, Nexperia maintient avoir agi pour prévenir une mauvaise gestion grave et garantir la continuité des approvisionnements mondiaux en puces. Le tribunal chinois a accepté le dossier déposé par Wingtech à l’encontre de Nexperia mais n’a pas encore fixé d’audience. Parallèlement, la procédure néerlandaise, incluant une enquête sur une possible mauvaise gestion, suit son cour.


